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HISTOIRE DE L’ARMÉEMais, quoique le champ de bataille eût été partagé entre les deux armées etque les résultats eussent été peu décisifs, Jourdan n’en avait pas moins perdula ligne du Danube . Il ne pouvait plus tenir la campagne, et était obligé oude se jeter en Suisse pour se réunir à Masséna, ou de se porter sur le Rhin pour appuyer la faible armée de Bernadotte . C’est à ce dernier parti qu’il s’ar-rêta. En conséquence, il fit replier son armée sur les montagnes Noires, etprit position à l’entrée des débouchés. C'était une faute : il devait se réunir àMasséna, combiner ses etîorts aux siens, et prendre ainsi une position impo-sante; car, d’après le plan tracé à Vienne, c’est sur la Suisse que devaient seporter d’abord les efforts de la coalition, et l’archiduc, au lieu de pousservigoureusement ses succès vers le Rhin , tourna aussitôt ses armes contreMasséna.
Mais, avant de suivre les opérations de la guerre en Helvétie, voyons ce quise passait en Italie , où les hostilités avaient commencé le lendemain même dela bataille de Stokach.
Armée d’Italie (1799). — Ce fut le 22 mars que le général en chef Schérerreçut la déclaration de guerre que le Directoire faisait à l’empereur d’Autriche et au duc de Toscane . Schérer, qui venait de quitter le ministère de la guerrepour prendre le commandement en chef de cette armée, était déjà vieux; ilmanquait de cette vigueur d’esprit et de corps qu’il fallait pour exercer un telcommandement. La sévérité qu’il avait déployée pendant son ministère contreles officiers-généraux de l’armée d’Italie lui avait fait bien des ennemis : onlui reprochait surtout la disgrâce de Cliampionnet, le conquérant de Naples .Son air sec, sévère et quelquefois plein de morgue, lui avait aliéné tout d’abordl’esprit des soldats; en sorte qu’il n’avait ni la sympathie des officiers ni la con-fiance des troupes, ce qui est toujours fâcheux au début d’une campagne. Cettearmée d’Italie, composée encore de quelques-uns des corps qui avaient fait lesbelles campagnes de 1796 et de 1797, avait conservé un peu de l'esprit de sadevancière : elle était hautaine, pleine d’orgueil, frondeuse surtout, et n’obéis-sait guère qu’aux officiers de son choix, et certes, il fallait avoir bien fait sespreuves pour mériter ce choix. Quand un nouveau général arrivait détaché duRhin ou du Nord, on s’informait de son passé, de ses talents, de son caractère, etle soir, sous la tente, on discutait ses titres à la confiance. Or, Schérer n’avaitrien qui lui conciliât l’esprit des troupes : il était vieux et cassé, et il leur fal-lait un chef plein de spontanéité et de vigueur. On le disait savant, mais decette science du cabinet qui est souvent un contre-sens sur le champ de ba-taille. On rappelait bien le souvenir de la victoire de Loano; mais qu’était cettevictoire, dont on attribuait tout le succès à Masséna, comparée à celles qu’onavait remportées depuis? En somme, nul choix ne pouvait être plus mal ac-cueilli que celui de l’ancien ministre de la guerre. Aussi disait-on qu’il n’avaitaccepté le commandement qu’à regret, et qu’il ne le conservait que sur lesinstances de ses amis du Directoire . Lui-même, Schérer, avait pu se con-vaincre du peu de sympathie qu’il inspirait aux troupes; car on dit qu’il seglissait, à l’ombre de la nuit, près des bivouacs pour écouter les propos qu’on