480 HISTOIRE DE L’ARMÉE
la retraite, et les armées de Bellegarde dans le Tyrol et de Hotze dans le Vo-ralberg, qui pouvaient l’envelopper et le détruire, ear ces trois corps d’arméeprésentaient un effectif de 100,000 hommes, il ne se laissa point décourager unseul instant. Supputant avec beaucoup de sang-froid et de sagacité les chanceset les dangers de sa position, il prit les mesures les plus sages et les plus éner-giques. Le général Lecourbe était trop engagé dans la vallée de l’Inn, il lerappela. Ses forces étaient trop dispersées, il les resserra. L’armée du Danubeoccupait sans utilité les défilés de la forêt Noire, il en fit replier une grandepartie en Suisse , et il choisit la Linth pour ligne de défense. La Linth, quiprend sa source dans les petits cantons de la Suisse, forme le lac de Zurich , et,sous le nom de Limmath, va finir dans l’Aar , près de l’embouchure de cetterivière dans le Rhin . Cette ligne, comme on le voit, ne comprend qu’unepartie de la Suisse . En conséquence, il distribua ainsi son armée : les divisionsLecourbe, Ménard et Lorges , qui formaient l’aile droite, s’établirent solidemententre les Alpes et le lac de Zurich; les divisions Oudinot, Yandamme, Thureau,Soult, qui formaient le centre, se concentrèrent sur le Limmath; les divi-sions de la gauche furent réparties le long du Rhin, entre Bâle et Stras-bourg .
Toutefois, avant d’entrer dans cette nouvelle ligne, Masséna voulut tenter uncoup décisif pour empêcher la jonction, auprès du lac de Constance , des deuxcorps d’armée de l’archiduc et du général Ilotze, et les battre séparément, selonla tactique si heureusement employée par Bonaparte en Italie . Malheureuse-ment il attendit trop longtemps. Masséna, doué d’une activité extraordinaire,tombait parfois dans une indolence extrême. Rien alors n’était capable del’émouvoir, et il remettait jusqu’au dernier moment pour prendre une résolu-tion ou pour agir. Sans cette circonstance, il eût eu assez de temps pour acca-bler l’un après l’autre ses deux adversaires. Mais il était trop tard lorsqu’ilordonna à ses généraux de reprendre l'offensive. On signalait déjà les avant-postes ennemis à dix lieues du quartier-général. Il prescrivit néanmoins augénéral Oudinot, qui formait l’arrière-garde, démarcher sur Frauenfeld , sou-tenu par les divisions Nev et Soult. En avant de Frauenfeld , Oudinot rencontral’avant-garde ennemie. Le combat s’engagea à dix heures du matin, le 25 mai,et dura jusqu’à sept heures du soir. L’ennemi fut repoussé et perdit un dra-peau et 2,000 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient le prince Holienlohe, lecolonel des hussards de Barco et le major du régiment de Seckler. Mais, dansla nuit, les deux armées autrichiennes avaient opéré leur jonction. Massénafut obligé de se replier sur la position retranchée de Zurich . L’archiduc résolutde l’attaquer sur toute sa ligne entre le lac de Zurich et l’Aar. Le combat durahuit heures, mais l’ennemi futrepoussé sur tous les points et eut 3,000 hommestués ou blessés. La nuit mit fin au combat. L’armée impériale s’établit au pieddes montagnes, laissant ses avant-postes sur les hauteurs. Cette disposition an-nonçait une nouvelle attaque pour le lendemain. Masséna ne voulut point s’yexposer; il abandonna volontairement sa ligne de la Limmath; ses troupes éva-cuèrent le camp et la ville de Zurich , et prirent position en arrière de la chaîne