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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Soult de passer le fleuve. Dès lors il se replie en toute hâte, laissant 3,000prisonniers. Les généraux ennemis chargés d’agir dans la haute Linth, pouraller tendre la main à Souwarow, se retirèrent à leur tour en apprenant cedésastre, en sorte que,lorscjue le vainqueur de Novi, débouchant par le Saint-Gothard , crut tomber sur les flancs d’un ennemi à demi vaincu, il se trouvaau milieu d’une armée victorieuse. Ce barbare, tout plein encore de ses triom-phes, pensait qu’il suffirait de sa présence pour conquérir la Suisse , ainsi qu’ilvenait de conquérir l’Italie ; mais à peine eut-il mis le pied dans les gorges duSaint-Gothardqu’il rencontra la division Lecourbe, la plus belle, la plusexpérimentée de l’armée d Helvétie dans la guerre des montagnes, et quicommença à le faire revenir de son illusion.
L’armée de Souwarow était de 18,000 hommes lorsqu’il partit d’Italie . Le23 septembre, après une marche pénible, il arriva à l’entrée des gorges duSaint-Gothard . Le général Gudin, avec une poignée d’hommes, essaya de l’ar-rêter, et, par le feu de ses tirailleurs, lui fit perdre beaucoup de monde. Le-courbe, arrivant à son tour, se présenta partout sur son passage, arrêtant sessoldats à tous les obstacles, sans jamais se laisser aborder. Les Russes , mau-vais tireurs et peu habitués à la guerre des montagnes, tombaient par pelotonssous les balles de nos soldats, qu’ils ne pouvaient ni atteindre à la baïonnette,ni frapper de loin. Lecourbe, en se repliant, avait gagné le pont du Diable,dont il avait coupé l’arche, embrassant le lit de la Reuss , qui, à cet endroit, seprécipite de 300 pieds au milieu des rochers. Souwarow tenta néanmoins deforcer cet effrayant passage. La colonne de Bagration, lancée à la charge parfiles, vint briser sa course contre cet obstacle insurmontable, et le sang deses soldats ruissela sous le feu de la mousqueterie des Français . Ceux quin’étaient pas frappés par les balles étaient précipités dans le gouffre par ceuxqui les suivaient. Il fut enfin forcé de chercher un passage plus haut, dans lelit même de la rivière.
Après avoir traversé avec les plus pénibles efforts l’affreuse vallée de laReuss , jonchant la route de ses morts et de ses blessés, Souwarow arriva enfinà Altorf , où il espérait trouver les généraux autrichiens. C’était le 20 sep-tembre, jour où Korsakow et Hotze éprouvaient une si sanglante défaite. Il futsurpris et effrayé en se voyant seul et enfermé au milieu d’une horrible val-lée. Il ne soupçonnait point encore l’étendue des désastres qui venaient defrapper ses lieutenants. Il fut donc obligé de songer à la retraite, avec unearmée accablée de fatigue, de misère, et complètement démoralisée par cettecampagne de cinq jours. Mais, pour se retirer et gagner le Rhin , il n’avaitd’autre ressource (pie de s’engager encore dans les vallées du Schaclienthal, aumilieu des horribles rochers du Keseren, où aucune route n’était tracée et oùil fallait se frayer, comme dans le Dissentis et le Crispait, un sanglant cheminsous les balles des tirailleurs français . Il aurait pu éviter ce dangereux pas-sage en traversant le lac de Lucerne ; mais les embarcations sur lesquelles ilcomptait avaient été prises par les Français . Il fallut donc se résoudre à prendrecette voie pénible.