Acte second. 29
D I C T I M E.
Non : ce vaste édifice
Est le temple , où des dieux j’ai prié la justiceDe détourner de nous les fléaux destructeurs ;
D’éclairer les humains , de les rendre meilleurs.
Minos bâtit ces murs fameux dans tous les âges ;
Et cent villes de Crète y portent leurs hommages.
D a T A M E.
Qui ? Minos ? ce grand fourbe, 8c ce roi si cruel ?
Lui, dont nous détestons 8c le trône 8c l'autel ;
Qui les teignit de sang? lui, dont la race impure ,
(9) Par des amours affreux, étonna la nature?
Lui, qui du poids des fers nous voulut écraser,
Et qui donna des lois pour nous tyranniser ?
Lui, qui du plus pur sang, que votre Grèce honore ,Nourrit sept ans ce monstre appelé Minotaure?
Lui, qu’enfin vous peignez, dans vos mensonges vains,Au bord de l'Achéron, jugeant tous les humains ;
Et qui ne mérita, par ses fureurs impies ,
Que d’éternels tourmens fous les mains des furies?
Parle : est-ce là ton sage , est-ce là ton héros ?
Crois-tu nous effrayer à ce nom de Minos ?
Oh ! que la renommée est injuste 8c trompeuse !
Sa mémoire à la Grèce est encor précieuse ;
Ses lois 8c ses travaux font par nous abhorrés.
On méprise en Cydon ce que vous adorez,
On y volt en pitié les fables ridiculesQue l'imposture étale à vos peuples crédules.
D I C T I M E.
Tout peuple a ses abus ; 8c les nôtres font grands :
Mais nous avons un prince ennemi des tyrans ,