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mais on péchait contre Dieu qui avait aboli cette ancienne cérémonie parl’organe de ses nouveaux ministres.
On voulait donc venger Dieu , en brûlant ces juifs entre un autel 8c unechaire de vérité, dressés exprès dans la place publique. L’Espagne bénira ,dans les siècles à venir, celui qui a émoussé le couteau sacré 8c le sacrilège derinquifition. Un temps viendra enfin où l’Efpagne aura peine à croire querinquisttion ait existé.
Plusieurs moralistes ont regardé la mort de Jean fíus 8c de Jérôme dePrague comme le plus pompeux sacrifice quon ait jamais fait fur la terre.Les deux victimes furent conduites au bûcher solemnel par un électeur pala-tin , 8c par un électeur de Brandebourg : quatre-vingt princes ou seigneursde FEmpire y assistèrent. L’empereur Sigifmond brillait au milieu d’eux ,comme le soleil au milieu des ajlres , selon ^expression d’un savant prélat alle-mand. Des cardinaux , vêtus de longues robes traînantes , teintes enpourpre, rebrassées d’hermirie , couverts d’un immense chapeau auíìì depourpre , auquel pendaient quinze houppes d’or , siégeaient fur la mêmeligne que l’empereur , au-dessus de tous les princes. Une foule d’évêqucs 8cd’abbés étaient au-dessous, ayant fur leurs têtes de hautes mitres étincelantesde pierres précieuses. Quatre cents docteurs , fur un banc plus bas , tenaientdes Uvres à la main : vis-à-vis on voyait vingt-sept ambassadeurs de toutesles couronnes de FEurope , avec tout leur cortège. Seize mille gentilshommesremplistaient les gradins hors de rang , destinés pour les curieux.
Dans l’arène de ce vaste cirque étaient placés cinq cents joueurs d’instru-mens qui se lésaient entendre alternativement avec la psalmodie. Dix-huitmille prêtres de tous les pays de FEurope écoutaient cette harmonie ; 8csept cents dix-huit courtisannes magnifiquement parées , entremêlées aveceux, ( quelques auteurs disent dix-huit cents, ) composaient le plus beauspectacle que Fesprit humain, ait jamais imaginé.
Ce fut dans cette auguste assemblée qu’on brûla Jean 8c Jérôme en Fhon-neur du même Jesus-Christ qui ramenait la brebis égarée fur ses épaules ;8: les flammes, cn s’élevant, dit un auteur du temps, allèrent réjouir leciel empiree.
II faut avouer , après un tel spectacle , que lorsque le picard JeanChauvin offrit le sacrifice de Fespagnol Michel Servet , dans une pile defagots verds, c’était donner les marionnettes après Fopéra.
Tous ceux qui ont immolé ainíì d’autres hommes , pour avoir eu desopinions contraires aux leurs , n’ont pu certainement les sacrifier qu’à Dieu.
Que PolieuBe 8c Néarque , animés d’un zèle indiscret , aillent troublerune fête qu’on célèbre pour la prospérité de l’empereur ; qu’ils brisent lesautels , les statues dont les débris écrasent les femmes 8c les enfans , ils nefont coupables qu’envers les hommes qu’ils ont pu tuer ; 8: quand on lescondamne à mort, ce n’est qu’un acte de justice humaine : mais quand il
Tkêâire. Tom. VI. F