Théâtre. 265
Corneille lui-même avait donné le Menteur, piècede caractère 8c d’intrigue , prise du théâtre espa-gnol comme le Cid ; 8c Molière n’avait encore faitparaître que deux de ses chefs-d’œuvre , lorsquele public avait la Mère coquette de Quinault , pièceà la fois de caractère 8c d’intrigue , 8c même modèled’intrigue. Elle est de 1664 ; c’est la premièrecomédie , où l’on ait peint ceux que l'on a appelésdepuis les marquis. La plupart des grands seigneursde la cour de Louis XIV voulaient imiter cet airde grandeur , d’éclat 8c de dignité qu’avait leurmaître. Ceux d’un ordre inférieur copiaient lahauteur des premiers ; 8c il y en avait enfin , 8cmême en gr^nd nombre , qui poussaient cet airavantageux , 8c cette envie dominante de se fairevaloir, jusqu’au plus grand ridicule.
Ce défaut dura long-temps. Molière l’attaquasouvent ; 8c il contribua à défaire le public de cesimportans subalternes , ainsi que de l’affectationdes précieuses , du pédantisme des femmes savantes , dela robe Sc du latin des médecins. Molière fut, si onose le dire , un législateur des bienséances dumonde. Je ne parle ici que de ce service rendu àson siècle ; on sait assez ses autres mérites.
C’était un temps digne de l’attention des tempsà venir que celui où les héros de Corneille 8c deRacine , les personnages de Molière , les symphoniesde Lulh toutes nouvelles pour la nation, 8c (puií-qu’il ne s’agit ici que des arts ) les voix des BossuetSc des Bourdaloue se lésaient entendre à Louis XIV,à Madame si célébré par son goût , à un C ondé , àun Turenne, à un, Colbert 8c à cette foule d’hommes