DES VOYAGES
L’agrément et l’utilité des voyages en général, et particulièrement d’un voyage en Suisse ,est chose si reconnue qu’il est inutile d’insister là-dessus •, mais après avoir fait connaître lepays par l’organe des hommes qui le savent le mieux, nous avons pensé qu au retour de cettelongue investigation de chacun des vingt-deux cantons, quelques personnes, curieuses peut-être d’aller vérifier nos récits sur les lieux, auraient besoin de certains renseignements sup-plémentaires, qui n’ont pas pu trouver leur place dans le corps de l’ouvrage.
Et d’abord, combien faut-il de temps pour parcourir la Suisse ? A quelle époque de l’annéedoit-on entreprendre le voyage ? Quel est le chiffre approximatif de la dépense ? Quel itiné-raire faut-il suivre ? Où trouver les moyens'de transport, les guides, les auberges, etc. ? Enfinquelles précautions sont indispensables à prendre contre le climat et pendant l’ascension et ladescente des montagnes. Nous allons répondre à toutes ces questions dans ce dernier chapitre.
Les voyageurs, et c’est sans doute le petit nombre, qui parcourent ce pays dans le dessein del’étudier complètement, qui veulent se former une idée exacte de son état social et politique,seront mis dans la nécessité de consacrer plusieurs années à ce voyage, et’ pour le faire avectout le fruit qu’ils en attendent, ils devront s’aider de renseignements plus complets que ceuxque nous pourrions leur fournir dans cette note •, aussi n’esl-ce pas pour eux que nous 1 écri-vons, mais bien pour les personnes qui ont des loisirs et l'intention de retirer quelque utilitéd’une excursion toute d’agrément : pour ces personnes-là, quatre a cinq mois suffiront. Onpeut, dans cet espace de temps , parcourir la Suisse , même à pied , et visiter ce qu’elle a deplus remarquable. Dans ce but, on fera bien de séjourner tour à tour dans les principalesvilles, afin de régler de là ses excursions. Comme il est fort rare que le temps demeure sec etserein pendant plus d’une quinzaine, on pourra consacrer les beaux jours à visiter les envi-rons de ces villes, et la ville elle-même, pendant les journées incertaines ou pluvieuses.
En fixant donc à cinq mois le laps de temps nécessaire pour voir la Suisse , c’est avoir dé-signé à peu près la seule époque de l’année où la contrée soit visible pour les étrangers, c’est-à-dire depuis le commencement de mai jusqu’à la fin de septembre. Les trois derniers moisétant les plus secs et les plus beaux, ce sont ceux qu’il faut choisir pour voyager dans les paysde hautes montagnes, et notamment dans les cantons de Berne , de Lucerne , de Schwitz,d’Uri, des Grisons , et dans le Valais . Du reste, les années sont très-différentes entre elles -,quelquefois, dès le mois de juin, le temps est établi, et assez favorable pour que l’on puissecommencer sa tournée des Alpes ; quelquefois aussi (heureusement c'est rare) le temps est sivariable qu’on ne peut pas compter sur huit jours de soleil. Le mois de septembre, et parfoisla première quinzaine d’octobre, sont les plus beaux de l’année, principalement aux environsde Genève , et dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud .
La Suisse , ainsi qu’on a pu le voir par tout ce qui précède, n’est pas seulement le pays desvues merveilleuses et des horizons immenses, c’est aussi le pays des cérémonies en plein air.Les landsgcmeincles des cantons démocratiques ont lieu en avril et en mai. Dans le cantond’Appenzeli, c’est le dernier dimanche d’avril ; dans les cantons d’Uri, de Schwitz et de Zug,