6*52
Djezzar occupe toute la Palestine, à l’exception de Jaffa , oùAbouniarak, Pacha, se trouve assiégé depuis cinq mois par neufmille hommes. Ce siège empêche Djezzar de faire, avec autantde vigueur qu’il le voudrait, la guerre à l’Emir des Druzes: cedernier ne lui a rien voulu payer depuis un an.
Tripoli est tranquille dans ce moment : il n’en est pas de mêmed’Alep, d'où le Pacha a été chassé. Damas a consommé sa rébel-lion contre la Porte; non-seulement le Pacha du Divan en a étéchassé, mais l’Aga qui commandait, la citadelle pour tous les Turcs,a été livré par ses soldats et a eu la tête tranchée. Ce Pachalie estresté au Pacha rebelle Abdallah, qui est une créature de Djezzar;ce dernier venait de lui donner l’ordre et les moyens d’escorterles Pèlerins de la Merke. En un mot presque toute la Syrie est à Djezzar, et les Osinanlis y sont détestés comme euEgypte .
Les nuttualis vivent tranquilles dans leurs villages: on les acependant obligés à quitter les bords de la mer. Aboumarak, euest aux dernieres extrémités ; c’est un homme déconsidéré et d’unecruauté qui égale, si elle ne surpasse pas, celle de Djezzar; lesChrétiens le redoutent encore davantage et en éprouvent toutesles avanies possibles, les moines du couvent de Jaffa se sont retirésà Jérusalem .
Le 30 Brumaire, je partis d’Acre, et comme les vents étaientcontraires pour me rendre à Jaffa, je fis voile pour Zante , oùj’arrivai le 13 Frimaire. Je descendis le même jour, mais onnous mit en quarantaine. J’obtins cependant de me rendre chezle gouverneur et chez le commissaire Fiançais escortés par desgardes de santé.
J’appris bientôt que l’isle et la République étaient divisés endifférens partis, et que la tranquillité même y était menacée. Jefis réunir quelques membres des autorités constituées et les prin-cipaux de la ville chez le gouverneur, M. Çalichiopolo. Aprèsleur avoir parlé de l’intérêt que le premier consul prend à leurbonheur, je les engageai, en son nom, à déposer cet esprit de partiqui les déchirait, et à attendre dans le silence des passions, la nou-velle constitution, que les puissances, garants de leur souveraineté etde leur indépendance se préparaient à leur donner.
Ce pende mots fût accueilli avec enthousiasme, et tous crièrentVive la France ! Vive Bonaparte ! Ces cris furent réitérés, à niasortie, par plus de 4000 personnes, qui m’accompagnerent jusqu’auport. Le gouverneur et le commandant .Russe en furent alarmés;et j’appris le lendemain, par le commissaire Français, qu’on avaittnis en prison deux personnes des plus influentes : mais que sur scsinstances, et craignant nies reproches on les avait fait relâcher dansla nuit. J’affai à la consigne ; j’y fis venir le gouverneur. Je luiparlai avec force sur l’irrégularité de sa conduite. U fut altère,et promit de ne voir dans ceux qui avaient crié Vive le premierconsul ! que de bons citoyens, et de les traiter comme tels.
Comme il avait envoyé dans la nuit un courier à son gouverne*