SOUS LÀ PREMIÈRE RACE. 45
culte, et l’autre aux administrations civiles. Cette partie occidentale de la Citécontenait encore une vaste place dont je vais parler.
place dü commerce. A l’ouest de la route que j’ai décrite, entre 1 églisecathédrale et le château ou le palais, se trouvait une vaste place consacrée aucommerce. Malgré le sentiment de tous les écrivains qui m’ont précédé, je suissuffisamment autorisé à fixer cette place dans ces limites. Les dénominationsactuelles ou anciennes des parties qui la composaient ou l’avoisinaient suffisentpour attester son existence dans cette partie de l’ile. La route qui, partant duPetit-Pont, s’avance dans cette île jusqu’à la rue de la Calandre, a toujours portéet porte encore le nom de Marché-Palud, nom qui indique une place contiguë oùse tenait le marché, et le surnom Palud prouve que cette partie de la place ,située sur la rive de la Seine, était fangeuse ou marécageuse . A l’ouest de cetteroute et de ce marché est la place du Marché-Neuf , qui s’appelait anciennementplace ou rue de VOrberie. Ce mot Orberie signifie lui-même une place. Le Marché-Neuf est évidemment un reste de la place du Commerce. Ainsi voilà l’existencede cette piace suffisamment démontrée. Quelques faits historiques vont prouversa destination.
En l’an 586, un habitant de la Cité de Paris étant entré, pendant la nuit, dansun cellier, laissa près d’une barrique d’huile la lumière qui l’éclairait. Cette maisonétait contiguë à la porte méridionale de la Cité. De proche en proche, le feu,favorisé par le vent, se communiqua aux maisons voisines, étendit ses ravagesdans toute la largeur de Vile, et ne fut arrêté que par le bras septentrional dela Seine. Grégoire de Tours dit, en rapportant les paroles d’une femme quiavait prophétisé cet incendie, que les maisons destinées à être brûlées seraientcelles des négociants , domos negoiianlium. Comme, suivant cet écrivain, laprophétie fut accomplie par l’incendie, il résulte que les maisons des négociantsfurent brûlées, et que le feu, parcourant l’espace qui se trouve entre la porteméridionale de la Cité et sa porte septentrionale, ces maisons des négociants setrouvaient dans cet espace, et pouvaient border la place du Commerce qui s ytrouvait aussi.
Le second passage de Grégoire de Tours est plus décisif encore. En l’an 588,un jour de dimanche, Chilpéric et son épouse Frédégonde entendaient la messedans 1 église sainte [in ecclesiâ sanctâ), expression qui, dans le langage du temps,signifiait l’église cathédrale. Le comte Leudaste, accusé de divers attentats, s’yrendit, se prosterna, se roula tour à tour aux pieds du roi et de la reine, et,versant des larmes, implora son pardon. Il fut repoussé et chassé de l’église.Dès qu’il en fut sorti (de l’église qui est remplacée par celle de Notre-Dame ) ilarriva dans la place [in plateam); et, sans s’inquiéter du sort qui le menaçait,il parcourut les maisons des marchands [domosque negotiantium circumiens ), ils informait du prix de divers objets, en marchandait plusieurs. Pendant qu’ils occupait ainsi, arrivent subitement les satellites (pueri) de la reine ; ils s’effor-cent de le saisir, de le garrotter ; alors il tire son épée, se défend, blesse lesuns, irrite les autres par sa résistance. Les satellites se jettent sur lui les armesa forain; un d’eux lui porte sur la tête un coup d’épée qui lui abat une partiedela peau du crâne. Le comte blessé fuit, et, courant sur le pont de la ville,