109
au seigneur de Montmorency de se x’endre auprès du roi son père à Poissy .Ce seigneur refusa d’obéir, et fut condamné par la cour du roi ; il ne se soumitpoint à cette sentence, et rassembla au contraire quelques seigneurs de sonvoisinage pour résister aux forces royales. Le prince Louis vint assiéger Mont-morency. « Il entra, disent les Grandes Chroniques, dans la terre de Burchard ,et gasta tout par feu et par glaive, fors son chastel qu’il prit.» Le seigneur rebellefut forcé de se soumettre.
Je ne m’arrêterai pas à décrire les perfidies, les brigandages, les rébellions,les vols, les incendies de Hugues de Puiset, des seigneurs de Gournay, deCrécv, de Montlhéri, delà Roche-Guyon , ni les excès du prince Philippe, filsdu roi Philippe I er , et de la duchesse d’Angers , qui, avec ses chevaliers, des-cendait de sa tour de Montlhéri, pillait les passants, et dévastait les campagnesdu voisinage.
Pour mettre un terme à ce débordement de toutes les mauvaises passions,le clergé employa d’abord l’arme redoutable de l’excommunication; puis vin-rent les excommunications aggravées et réaggravées : ensuite on proféra dansles églises, contre les profanes spoliateurs, diverses formules de prières appe-lées cris à Dieu , cris de tribulations, et diverses formules de malédictions desplus énergiques. On sonnait les cloches à chaque heure de la journée, et no-tamment la cloche du chœur, nommée cloche en colère, campana irata. Ondéposait par terre les reliques des saints, et le crucifix; on les plaçait sur desepines. Dans la suite, on donna de l’extension à cette cérémonie sacrilège:onjeta par terre avec effort les reliques, les images des saints, de la Vierge, lecrucifix, le livre des Évangiles; on alluma, on éteignit et on jeta à terre descierges, en prononçant les malédictions, les imprécations les plus horribles,les plus recherchées, contre les brigands féodaux. On alla plus loin encore : ontraîna les statues des saints, de la Vierge, et le crucifix autour de l’église ; et,suivant l’antique usage des païens qui, lorsqu’ils souffraient de quelques ca-lamités, injuriaient et frappaient leurs dieux, on injuria, on frappa les statuesdes saints, on frappa leurs tombeaux et les autels qui contenaient leurs reli-ques, afin de réveiller leur vertu assoupie, ou d’exciter leur colère contre lesenvahisseurs des biens des églises où ils recevaient un culte.
Tous ces moyens ne guérissant pas le mal, on imagina de réunir, dans di-verses églises, un nombre considérable des reliques les plus renommées ; on in-vita les seigneurs à s’y rendre. Ils aimaient à figurer en magnifiques équipagesdans les grandes réunions. Ils s’v rendirent, et jurèrent sur ces reliques qu’ilsrenonçaient à leurs brigandages accoutumés. Ils juraient volontiers; puissortis de l’église, ils oubliaient leurs serments. Un évêque de Limoges , ap-pelé Alduin, imagina le premier , pour épouvanter les nobles brigands, defaire cesser tout service divin dans son diocèse. Get exemple fut imité parplusieurs évêques. Le mal, cependant, allait en empirant, et les mêmes dés-ordres se manifestaient dans toutes les parties de la France . Pour les fairecesser, on assembla inutilement plusieurs conciles: à Charroux, en 988; àNarbonne en 990 ; à Reims , en 993; à Limoges , en 994; à Poitiers , en 1000 ; àAiry, diocèse d’Auxerre , en 1020 ; à Reims , en 1027; à Bourges , en 1031.