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primitif; il a remarqué en outre, sur cette façade, un anneau de fer d’un vo-lume considérable, soutenu par une grosse pierre représentant une tète d’a-nimal. Il pense que l’église Sainte-Geneviève était nn lieu d’asile, et que ceuxqui voulaient s’y réfugier se trouvaient affranchis de toutes poursuites dèsqu’ils avaient passé le bras dans ce vaste anneau : il cite plusieurs autorités àl’appui de son opinion. L’intérieur ressemblait à celui de l’église Saint-Germain- des-Près , mais il avait moins d’étendue. On y voyait une crypte ou chapelle sou-terraine dont la construction n’avait pas échappé aux ravages des Normands,comme le prouvaient diverses réparations faites à des époques postérieures ;dans cette crypte étaient, disait-on, les tombeaux de sainte Geneviève et desainte Prudence, dont les corps en furent retirés pour être placés plus honora-blement dans des châsses posées sur le grand autel.
La châsse de sainte Geneviève, objet principal du culte de cette église, fut,pour la seconde fois, fabriquée, au treizième siècle, par un orfèvre, appeléBonard, qui employa pour ce travail 193 marcs d’argent et sept marcs et demid’or. Gette châsse était, lors des grandes calamités publiques, solennellementpromenée dans les rues de Paris . Il existe des témoignages de plusieurs deces processions. «Moult honorablement la faisoit porter le roi Charles V , dit» un ancien écrivain... quart quand il la faisoit porter, celx de Nostre-Dame,
>• celx des autres collèges, tant réguliers que séculiers, aboient nuds pieds, et» par ce il en venoit toujours aucuns bons offices. » La châsse de sainte Gene-viève, châsse très vénérée, plus riche que belle, offrait une infinité de détails,beaucoup d’or et de pierreries. Elle était supportée par quatre statues devierges plus grandes que nature. Au-dessus brillaient un bouquet et unecouronne de diamants, deux présents faits, le premier par Marie de Médicis ,et le second par Marie-Élisabeth d’Orléans, reine douairière d’Espagne .
Le 6 juin 1483, le tonnerre tomba sur l’église Sainte-Geneviève et y causade grands dommages ; il brûla le clocher fondit les cloches et renversa plu-sieurs parties des bâtiments de l’abbaye. Le pape Sixte IV accorda aux religieuxdes indulgences qui devaient être distribuées pour les réparations à faire :moyen fort en usage pendant le moyen âge.
L’abbaye Sainte-Geneviève était le chef-lieu d’une congrégation composée deneuf cents maisons en France ; elle nommait à plus de cinq cents cures, dontelle disposait toujours en faveur de ses religieux. L’abbé était électif, portaitle titre de général, et jouissait du droit, bien glorieux pour un abbé, de se pa-rer, en officiant, de la crosse, de la mitre et de l’anneau. — La bibliothèquede cette abbaye était et est encore publique. Le plan de la salle qu’elle occupaitprésente une croix. Au centre, ou point d’intersection, est un dôme dont le pla-fond fut peint en 1730, par Restout père. On comptait, dans cette bibliothè-que, près de quatre-vingt mille volumes imprimés. Le nombre en est beaucoupaugmenté depuis la révolution. On construit actuellement, sur l’un des côtés dela place du Panthéon, un bâtiment où cette bibliothèque sera bientôt déposée.L’église, réparée sous les règnes de Charles VIII et de Henri IV , a été démo-lie en 1807. Avant d’opérer cette démolition, on ordonna des fouilles qui mi-rent à découvert, au-dessous du grand autel, environ quinze sarcophages,