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HISTOIRE DE PARIS
gemeut de Dieu. On ajoute que saint Bruno, témoin de cette scène effrayante,renonça au monde, et résolut de l'aire pénitence.
L’ordre des Chartreux était établi depuis cent quatre-vingts ans, lorsque saintLouis fit venir, en 1257, cinq moines de cette espèce à Paris , et les plaça d’a-bord à Gentillv, village voisin de cette ville, où ils restèrent jusqu’en 1258.
Au midi et hors des murs de Paris , vers l’entrée de la grande avenue qui,du parterre du Luxembourg , se dirige à l’Observatoire, s’élevait, au milieudes prairies, un ancien château entouré de hautes murailles, et appelé le châ-teau de Vauvert. Ce château était pour les habitants de Paris un objet d’effroi.Des revenants y apparaissaient; des diables, chaque nuit, y tenaient l’assem-blée du sabbat; on y entendait des bruits affreux. Depuis longtemps ce séjour d’horreur était inhabité; on se détournait même du chemin qui conduitde Paris à Issy , pour éviter la rencontre des esprits infernaux. Aussi, disait-onAller au diable Vauvert, pour signifier faire une course pénible et dange-reuse; et aujourd’hui, par corruption, on dit encore: Aller au diable ouvert..La voie romaine qui conduisait à Issy , appelée en 1210 chemin d’Issy, et en-suite roe de Vauvert , a peut-être, à cause des récits épouvantables que l’ondébitait sur ce château et son diable, reçu le nom de rue d'Enfer. Les char-treux avaient, à ce qu’il paraît, connaissance de la vraie cause de la terreur po-pulaire; en 1258, ils demandèrent à t saint Louis le château de Vauvert, afin dese trouver plus à portée de profiter des leçons de l’Université. Ce roi leur fit,en 1259, don de ce château, et en même temps y ajouta de nouvelles libé-ralités.
Ces religieux n’eurent d’abord, pour célébrer l’office, que l’ancienne cha-pelle du château de Vauvert. Saint Louis, en 1260, fit commencer la construc-tion d’une nouvelle église, et en posa la première pierre. Le célèbre Pierre de Montreuil fournit les plans et les dessins de cet édifice; mais il mourut sans levoir terminé. Cette église, qu’on pouvait citer comme un chef-d’œuvre d’ar-chitecture ogivale, était ornée de plusieurs tableaux d’habiles maîtres, tels queLouis et Bon Boullongne, Jouvenet, Philippe de Champagne , Antoine Coypel ,etc. La menuiserie du chœur avait coûté trente années de travail à un frèreconvers de ce couvent, appelé Henri Fuzelier. Le chapitre était décoré de plu-sieurs tableaux de La Grenée, de Jollain, de Lesueur : on y remarquait un superbetableau représentant le Christ crucifié, un des meilleurs ouvrages de Philippe de Champagne , qu’en mourant il légua aux chartreux. Cette église renfermaitles tombeaux de Pierre de Navarre , fils de Charles-Ie-Mauvais, mort le 29 juillet1412; de Jean de la Lune, neveu de l’antipape Benoît XIII , mort en 1414; deLouis Stuar, seigneur d’Aubignv, mort à Paris en 1665 ; du cardinal de Dormans,évêque de Beauvais , dont on voyait la figure en bronze, couchée sur un marbrenoir, etc.
Cette communauté avait deux cloîtres, le grand et le petit; ils étaient en-tourés d’appartements, composés chacun de deux ou trois pièces, et d’un petitjardin. On comptait dans ces deux cloîtres quarante logements de cette es-pèce. C’est dans le pelit cloître qu’à diverses époques on peignit les princi-