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HISTOIRE l)K PARIS
lui qui en avait invité un autre à dîner! il était condamné à lui donner éternel-lement chaque année un pareil repas. Voilà le motif des précautions un peubrutales que prirent les chanoines de Notre-Dame , ceux de Sainte-Geneviève,les moines de Saint-Germain-des-Prés et les moines de Saint-Denis contre lesévêques qui venaient pour dîner chez eux.
Ajoutons quelques traits qui peuvent donner une idée de l’état de servitudedans lequel les évêques et les moines tenaient les habitants des villages dontils étaient seigneurs. Vers l’an 1252, le chapitre de Notre-Dame imposa sur plu-sieurs villages dont il était seigneur, une contribution nouvelle; les habitantsde Châtenai refusèrent de la payer : alors le chapitre fit arrêter, traîner à Paris et jeter dans une prison très-étroite tous les hommes de ce village : ils pou-vaient à peine s’y mouvoir, manquaient de tout, même de l’air respirable.
La reine Blanche, instruite de l’état de ces prisonniers, envoya auprès deschanoines pour les prier de mettre ces malheureux en liberté, et s’offrit mêmede les cautionner. A cette demande les chanoines répondirent fièrement quepersonne n’avait le droit de se mêler des intérêts de leurs sujets, et firent arrê-ter les femmes et les enfants de ces prisonniers. La reine apprenant qu’ilspérissaient de faim et de misère fait briser la porte de la prison. Aussitôt, de cetaffreux réduit on vit s’élancer une foule d’hommes, de femmes, d’enfants, pâles,défigurés, tombant d’inanition, accablés par la souffrance, et qui se jettent auxpieds de la reine et implorent sa protection. Leur libératrice les rassure, etparvient dans la suite à les faire affranchir des chaînes de l’esclavage.
La corruption dominait dans les institutions civiles comme dans le clergé.En 1254, au retour de sa première croisade, saint Louis fit une ordonnancepour arrêter le cours des désordres qui déshonoraient la magistrature. Les offi-ciers de justice recevaient de la part des plaideurs des présents considérables;saint Louis permit aux juges d’accepter des présents en pain, en vin, en fruits,mais dont la valeur présente ne devait pas excéder la somme de dix sous. Il dé-fendit à ses officiers, prévôts, baillis, etc., de faire des présents à leurs supé-rieurs, de se servir d’agents usuriers, fripons, mal famés, de jurer par les nomsde la Vierge et des saints, de jouer aux dés, dont il abolit la fabrication dans sonroyaume; il leur défendit enfin de faire mettre personne en prison pour dette,excepté pour la dette du roi.
La prévôté de Paris se vendait à quelques bourgeois de cette ville, ou étaithéréditaire dans sa famille. 11 en résultait des abus si considérables à Paris , que,suivant Joinville : « Le peuple, désolé par ses grandes injustices et rapines, ne» pouvant plus supporter la tyrannie du prévôt, abandonnait Paris , allait en>> d’autres prévôtés et seigneuries. La terre du roi était si déserte, que, quand» il tenait ses plaids, il n’y venait pas plus de dix à douze personnes. Outre cela,» dit-il, se trouvaient à Paris et dans les environs tant de malfaiteurs et de vo-» leurs, que tout le pays en était plein. »
La prostitution s’était accrue dans cette ville en raison de l’accroissement dela population. Saint Louis voulut en diminuer les progrès ; il ordonna que lesfemmes publiques seraient chassées des maisons qu’elles occupaient, et que lepropriétaire qui leur louerait une maison serait condamné à payer au prévôt,
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