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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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DE CHARLES V A FRANÇOIS I e >. 253

A tant de désordres et de forfaits succédèrent le calme et la crainte des châ-timents. Les bourgeois de Paris , innocents de tous ces excès, craignirent, tantils avaient mauvaise idée de la justice du duc dAnjou, dêtre punis comme lescoupables. Ils envoyèrent au roi une députation chargée de lui dire que la der-nière classe des habitants de Paris était seule coupable de la sédition ; que lesoulèvement sétait tramé à linsu des officiers de la ville; quils en avaienteux-mêmes beaucoup soulfert; puis ils supplièrent le roi dabolir les impôts,dont le poids était au-dessus des forces du peuple. Le duc dAnjou fit répondrepar le roi quil consentait à la suppression de limpôt; quil pardonnait à tousles habitants de Paris , excepté à ceux qui avaient forcé les prisons; et il ordonnaquon fit leur procès. Jean Desmares, avocat du roi au parlement, estimé dupeuple, quoique partisan du duc dAnjou, parcourut les rues de Paris , montésur une litière, à cause de ses infirmités, annonçant cette bonne nouvelle etproclamant la clémence du roi. Après cette annonce rassurante, le prévôt deParis fit arrêter les plus coupables de la sédition, et, dans un seul jour, en en-voya un grand nombre à léchafaud. A ce spectacle, le peuple irrité se soulevaet sopposa aux exécutions. Alors le duc dAnjou ordonna au prévôt de Paris dedifférer ce châtiment; mais par un ordre secret il lui prescrivit de se défairesecrètement des coupables. En conséquence, le prévôt, chaque nuit, en faisaitjeter un certain nombre dans la Seine .

Le duc dAnjou, ne pouvant parvenir à rétablir à lamiable les impôts, en-voya dans les environs de Paris des troupes chargées de piller et maltraiterles habitants, et de brûler leurs maisons. Le moyen, qui avait pour but daf-famer Paris , produisit leffet attendu. La famine commençait à tourmenterles Parisiens ; on entra en négociations à Saint-Denis . 11 fut convenu que leroi pardonnerait tout, et quon lui donnerait cent mille livres. Cette conven-tion exécutée ramena le calme dans Paris ; Charles VI y fit son entrée au mi-lieu de la joie et des acclamations publiques. Le duc dAnjou partit pour lIta­ lie ; le duc de Bourgogne le remplaça dans le gouvernement et entraîna leroi dans une guerre contre les Flamands. Cette expédition terminée, le roiarriva, le 10 janvier 1382, à Saint-Denis . Le prévôt des marchands et les princi-paux habitants de Paris se rendirent auprès de ce prince, lassurèrent que cetteville était calme, et quil pouvait y rentrer avec la plus grande sécurité.

Le 11 janvier 1382, les princes et le jeune roi partent de Saint-Denis, à la tètede trois corps darmée, et savancent sur Paris . A cette nouvelle, le prévôt desmarchands, les échevins, etc., viennent au-devant deux, et déposent respec-tueusement aux pieds du roi leurs hommages, les présents dusage et les clefsde la ville. Ces magistrats ont la douleur et lhumiliation de voir leurs offrandesrejetées avec mépris. Les princes rentrent dans Paris à la tète de leur armée.Bientôt leurs nombreuses troupes occupent les rues, les places, les postes im-portants et les lieux le peuple a lhabitude de se réunir; elles y établissentdes corps-de-garde ; elles pénètrent et se logent dans toutes les maisons. Troiscents des plus riches habitants de Paris sont saisis, et traînés dans les prisons.Peu de jours après on fait, sans procédure préalable, mettre à mort deux den-tre eux. On enlève toutes les chaînes quon avait coutume de tendre chaque nuit