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à travers les rues, et elles sont transportées au château de Vincennes. On or-donne, sous peine de mort, à tous les Parisiens de déposer leurs armes au Palaisou au château du Louvre : il s’en trouva, dit-on, assez pour armer cent millehommes. On fait démolir la vieille porte Saint-Antoine, et les matériaux sontemployés à l’achèvement des constructions de la Bastille.
Le projet des ducs consistait évidemment, après avoir privé les habitants deParis de tous moyens de résistance, à en livrer au supplice un grand nom-bre, et à s’emparer de tous leurs biens. Plusieurs personnages tirent auprèsd’eux des démarches pour les arrêter sur cette pente fatale; mais tous les joursplusieurs Parisiens périssaient sur l’échafaud. La consternation générale s’ac-crut, le 27 janvier, par la publication de deux ordonnances qui abolissaient laprévôté des marchands et en attribuaient les droits et les biens au prévôt deParis . Le même jour où les habitants de Paris furent si outrageusement dé-pouillés de leurs institutions municipales, douze bourgeois de cette ville péri-rent par la main du bourreau. On ne se borna pas à ces terribles exécutions.Pendant le mois de février seulement, plus de cent habitants de cette ville mou-rurent sur l’échafaud. Le désespoir s’empara des citoyens retenus en prison;quelques-uns se suicidèrent; la femme de l’un d’eux, quoique enceinte, se jetapar la fenêtre et mourut. La cour en fut alarmée; et, pour éviter les effets de lapublicité des exécutions, elle ordonna d’égorger secrètement les prisonnierspendant la nuit, et de les jeter dans la rivière. Lorsqu’ils eurent enlevé auxParisiens tous leurs moyens de résistance, tous leurs biens ; lorsqu’ils en eu-rent condamné un grand nombre à des amendes excessives, au bannissement,à la mort, pour mettre fin à tant de vexations, les oracles du roi voulurent sedonner les honneurs de la clémence, faire jouer au jeune roi une pièce dra-matique, qui ajouta à ces scènes déplorables une scène ridicule.
Vers la fin de février, ils firent dresser, dans la cour du Palais-de-Justice,sur les grands degrés, un théâtre orné de tapisseries, et chargèrent Charles VI ,âgé de quatorze ans, d’y jouer le rôle d’un monarque implacable, mais qui de-vait enfin se laisser attendrir par les sollicitations de ses parents et les larmesde ses sujets. Le peuple y fut convoqué et devait y jouer un rôle.
Le roi, accompagné de ses oncles, suivi de ses grands officiers, parait surle théâtre, et va s’asseoir sur un trône qu’on y avait dressé. « Le premier« acte de cette tragédie, dit un auteur contemporain, fut joué par les femmes» de ceux qui restoient encore dans les prisons : lesquelles y étant accourues< en désordre, tout échevelées et avec de méchants habits, levèrent les mains,» et, tout en larmes, crièrent à sa Majesté d'avoir pitié de leurs maris et de» leurs familles. » Le roi, se conformant au rôle qu’on lui faisait jouer, restaimmobile et sans réponse. Le second acte fut joué par le chancelier Pierre d’Orgemont , qui prononça un long discours, dans lequel les délits des Parisiens furent exagérés : il en fit ressortir l’énormité, et n’oublia point les châtimentsrigoureux qu’ils méritaient. Le chancelier se tourna ensuite vers le roi, et luidemanda si ce n’était pas là sa pensée. Alors le roi parla, et on lui entenditarticuler le mot oui. A cette scène alarmante succède une scène pathétique.Les oncles du roi, auteurs de tous ces maux, se jettent aux genoux du jeune