DE CHARI.ES V A FRANÇOIS I ". ^57
Bientôt les Armagnacs, retirés à la Bastille, s'y fortifièrent, firent venir dudehors environ seize cents gendarmes: avec celte force ils entreprirent unesortie dans la ville. S’étant avancés dans la rue Saint-Antoine jusqu’à la rueTyron, et se croyant assurés de la victoire, ils s’écrièrent : A mort! à mort!ville gagnée! vivent le roi et le dauphin ! tues tout! tues tout ! Chaque parti, pourséduire le peuple, invoquait les noms du roi et du dauphin. Alors Guy de Bar,nouveau prévôt de Paris , arrive à la tête de sa troupe, arrête les Arma-gnacs, et, après leur avoir tué environ trois cents hommes, force le reste àse réfugier dans la Bastille . Les corps morts des vaincus furent jetés à lavoirie.
Cette tentative des Armagnacs, enflamma la colère des partisans du duc deBourgogne, qui se portèrent dans toutes les maisons où ils croyaient trouverdes ennemis cachés; ils en découvrirent plusieurs, les pillèrent, et les traînè-rent dans les prisons, qui en furent encombrées. Les Bourguignons firent aunom du roi publiera son de trompe, dans les rues de Paris , un ordre portantque tous ceux ou celles qui sauraient les lieux où les partisans du connétabled’Armagnac se tenaient cachés, vinssent, sous peine d’être arrêtés ou privésde tous leurs biens, les déclarer au prévôt de Paris . Cet ordre menaçant déter-mina un pauvre homme, qui recélait le connétable dans sa maison, à venir enfaire la déclaration. Le prévôt aussitôt ordonne qu’il soit traduit dans les pri-sons du Palais. On ne se bornait pas au pillage : on massacrait. Dans cettemême journée on compta les cadavres d hommes, femmes et enfants étendusdans les rues, et leur nombre s’éleva à cinq cent vingt-deux, sans y com-prendre ceux des personnes égorgées dans les maisons ou noyées dans laSeine .
Les agents du duc de Bourgogne imaginèrent, pour diriger les Parisiens plus facilement, de les réunir en confrérie. En conséquence, dans l’église deSaint-Eustache fut instituée une confrérie de Saint-André. Chaque confrère de-vait orner sa tête d’une couronne de roses : on en fabriqua soixante douzainesdans douze heures. Trois jours après, le 12 juin 1 41S, des cris d’alarme se fontentendre sur divers points de Paris ; on répand le bruit que les portes Bor-det et Saint-Germain-des-Prés sont attaquées; on s’arme, on s’attroupe, onmarche vers ces portes, et Ton s’assure qu’aucun ennemi ne s’y est présenté.Alors paraît un nommé Lambert; il se met à la tête de l’attroupement, |et l’ex-cite à le suivre aux prisons de la ville. La troupe, conduite vers celle de la Con-ciergerie du Palais, en enfonce les portes, et fait entendre, dans le tumulte,ces cris affreux : Tues, tuez ces chiens, ces traîtres Arminaz! Les prisonniers,parmi lesquels se trouvaient le comte d’Armagnac, connétable de France , lechancelier de Marie, son fils, l’évêque de Coutances , et plusieurs autres per-sonnes détenues pour des causes étrangères aux affaires publiques, sont tousmassacrées, et leurs corps dépouillés restent exposés aux outrages d’une troupefurieuse. Du Palais, les massacreurs se portent à la prison de Saint-Éloi, oùtous les prisonniers sont tués à coups de hache. Les prisons du petit et du grandGhàtelet sont ensuite assaillies : ceux qui les gardaient en refusent l’entrée à lafoule des meurtriers; mais , bientôt, trop pressés, ils consentent à en faire sor-
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