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l’argent de l’Espagne , continuaient, avec une audace jusqu'alors inouïe, leursdéclamations contre Henri III . Ils avaient d'ailleurs, pour arriver à leur but, uneautre ressource que les prédications : le confessionnal leur offrait un moyen plussecret et moins dangereux que la chaire ; ils l’employèrent avec succès pourexciter leurs pénitents à la révolte. « Ceux qui travailloient le plus efficacement,
« dit M. de Thon, furent les confesseurs qui développoient à l’oreille de» leurs pénitents tout ce que les prédicateurs n’osoient clairement exposert en public; car, en chaire, ils s’abstenoient de nommer les personnes, dans la« crainte d’être punis. Les confesseurs, abusant du secret de leur ministère,« n’épargnoient ni le roi, ni les ministres, ni les personnes qui lui étoient let plus attachées ; et, au lieu de consoler par des discours de piété ceux qui» s’adressoient à eux, ils leur remplissoient l’esprit de faux bruits, et mettoient« leur conscience à la torture par des questions embarrassées et par mille scru-« pules. Par le même moyen ils fouilloient dans les secrets de familles...., soute-« noient que les sujets pouvoient faire des associations sans la permission du« prince ; ils les entraînoient dans cette ligue funeste ; et à ceux qui ne vouloient« pas y entrer, ils refusoient l’absolution. On porta des plaintes contre ces confes-« seurs séditieux, ajoute M. de Thon ; on leur enjoignit de ne pas abuser ainsi de« la sainteté de leur ministère : ils ne changèrent pas, furent seulement plus« circonspects et posèrent ce dogme nouveau , que le pénitent qui découvre ce« que le confesseur lui a dit est aussi coupable que le confesseur qui révèle la« confession de son pénitent. »
Le comité des ligueurs, nommé depuis le Conseil des Seize, parce qu’il dirigeaitles seize quartiers de Paris , rendu plus audacieux par l’impunité, mit moins demystère dans ses délibérations séditieuses. Ce conseil se tenait, en 1588, dans lecouvent des Jésuites de la rue Saint-Antoine ; Nicolas Poulain y assistait; il rap-porte qu’on y proposa de se jeter sur le roi pendant qu’il parcourrait en masqueles rues de la ville. Le roi, averti par ce zélé serviteur, ne sortit point du Louvre.Grâce à Poulain, Henri III échappa encore à plusieurs autres embûches que luifirent ses implacables ennemis.
Le 9 mai 1588, à midi, le duc de Guise, malgré les ordres réitérés de Henri III ,arrive à Paris , descend à l’hôtel de Soissons chez la reine-mère. Un gentil-homme en instruit le sieur de Villeroi. Celui-ci court au Louvre pour en informerHenri III : Monsieur de Guise est arrivé, lui dit-il. Le roi paraît effrayé : Il estvenu? par la mort-dieu, il en mourra! s’écrie-t-il. Il envoie chercher le colonelAlphonse Ornano ; Si vous étiez à ma place, que feriez-vous? demanda-t-il à cecolonel; celui-ci répondit: Il n’tj a qu’un mot à cela : tenez-vous le duc de Guisepour ami ou pour ennemi? Le roi, sans répondre, fit un geste qui prouvait assezqu’il ne regardait pas le duc comme son ami. Alors Alphonse dit au roi que s’ilvoulait l’autoriser, il apporterait à ses pieds la tête du duc, ou le mettrait enlieu de sûreté qui lui serait indiqué, sans que personne osât bouger. Le roi,toujours timide et irrésolu, répondit qu’il espérait mettre ordre à tout par unautre moyen. Bientôt la reine-mère, dans sa chaise, et le duc de Guise, à pied,partirent ensemble pour se rendre au Louvre. Le trajet était court ; mais il fut