Buch 
Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
Entstehung
Seite
329
JPEG-Download
 

329

SOUS LA DOMINATION DE LA LIGUE,pour le duc une marche triomphale. Les Parisiens ligueurs sempressaient surses pas, voulaient toucher son habit, le bord de son manteau, faisaient entendreles acclamations de vive Guise ! vive le Pilier de VÉglise !

Catherine de Médicis présenta le duc de Guise au roi. Ce prince, en le voyant,devint blême, se mordit les lèvres, et lui dit, suivant un témoin oculaire,

« quil trouvait fort étrange quil eût entrepris de venir en sa cour, contre« sa volonté et son commandement. » Le duc s'excuse et demande pardon, dit« quil sest fondé sur le désir quil avoit de représenter lui-même à Sa Majesté« la sincérité de ses actions, et de les défendre contre les calomnies et les im-« postures de ses ennemis... » La reine-mère sentremet-dessus, la reineaussi; il est reçu en grâce. Le roi se retire dans sa chambre. Le duc, peu detemps après, accompagne la reine jusquà son logis, puis va à lhôtel deGuise.

Suivant dautres témoignages, le roi se montra furieux et prit même la réso-lution de faire tuer le duc de Guise dans la chambre de la reine son épouse. Cefut, dit-on, dans ce dessein quil pria sa mère de ly introduire. Le roi sy rendit,et après demanda avec colère au duc ce qui lamenait à Paris . Le duc, en cour-tisan exercé, sans sémouvoir, se prosterne, se met presque à genoux, et luirépond respectueusement quil supplie Sa Majesté de vouloir bien prendre con-fiance en sa fidélité, sans se laisser aller aux calomnies de ses ennemis.

A ce mouvement de colère succéda chez le roi le calme de la timidité : leduc en devint plus audacieux, et sortit triomphant de cette lutte. Le lende-main, 10 mai, nouvelle entrevue entre les deux princes ennemis. Le duc laredoutait ; mais elle eut un succès pareil à celui de la première.

Le roi cependant, qui ne se fiait nullement aux protestations du duc deGuise, essaya de prendre des précautions contre lui ; il fit entrer par la porteSaint-Honoré les quatre mille Suisses logés depuis quelque temps dans le fau-bourg Saint-Denis, de plus, deux mille hommes de gardes-françaises, et fitplacer plusieurs compagnies de la ville dans le cimetière des Innocents. Leprojet du roi était, dit-on, de faire arrêter, avec cet appareil formidable, lesprincipaux chefs de la Ligue, de les faire juger, et mourir par la main du bour-reau. Mais il savait prendre les résolutions sans savoir les exécuter.

Au bruit de lentrée de ces troupes et de leur répartition dans divers lieux,les ligueurs alarmés se réveillèrent. Curcé, lun des plus actifs de ce parti, dèsquatre heures et demie du matin, fit crier dans le quartier de lUniversité :Alarme! alarme! Mêmes cris se font entendre dans les autres quartiers. Aussi-tôt les bourgeois sarment, sortent de leurs maisons, se réunissent dans leurscorps-de-garde. On tend les chaînes dans les rues; on les barricade avec destonneaux pleins de terre. A midi, toutes les rues de Paris étaient fortifiées pardes barricades, et quelques-unes furent poussées jusquà cinquante pas duLouvre. Les troupes du roi, pressées de-toutes parts, ne pouvaient avancer nireculer sans sexposer au feu de ces barricades et aux coups de pierres dont onavait fait provision dans les maisons. Le roi, instruit dheure en heure, et alarméde tout ce qui se passait dans la ville, envoyait tour à tour le gouverneur de

Paris , les maréchaux de Biron et dAumont, pour apaiser et rassurer le peuple

42