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SOUS LA DOMINATION DE LA LIGUE,pour le duc une marche triomphale. Les Parisiens ligueurs s’empressaient surses pas, voulaient toucher son habit, le bord de son manteau, faisaient entendreles acclamations de vive Guise ! vive le Pilier de VÉglise !
Catherine de Médicis présenta le duc de Guise au roi. Ce prince, en le voyant,devint blême, se mordit les lèvres, et lui dit, suivant un témoin oculaire,
« qu’il trouvait fort étrange qu’il eût entrepris de venir en sa cour, contre« sa volonté et son commandement. » Le duc s'excuse et demande pardon, dit« qu’il s’est fondé sur le désir qu’il avoit de représenter lui-même à Sa Majesté« la sincérité de ses actions, et de les défendre contre les calomnies et les im-« postures de ses ennemis... » La reine-mère s’entremet là-dessus, la reineaussi; il est reçu en grâce. Le roi se retire dans sa chambre. Le duc, peu detemps après, accompagne la reine jusqu’à son logis, puis va à l’hôtel deGuise.
Suivant d’autres témoignages, le roi se montra furieux et prit même la réso-lution de faire tuer le duc de Guise dans la chambre de la reine son épouse. Cefut, dit-on, dans ce dessein qu’il pria sa mère de l’y introduire. Le roi s’y rendit,et après demanda avec colère au duc ce qui l’amenait à Paris . Le duc, en cour-tisan exercé, sans s’émouvoir, se prosterne, se met presque à genoux, et luirépond respectueusement qu’il supplie Sa Majesté de vouloir bien prendre con-fiance en sa fidélité, sans se laisser aller aux calomnies de ses ennemis.
A ce mouvement de colère succéda chez le roi le calme de la timidité : leduc en devint plus audacieux, et sortit triomphant de cette lutte. Le lende-main, 10 mai, nouvelle entrevue entre les deux princes ennemis. Le duc laredoutait ; mais elle eut un succès pareil à celui de la première.
Le roi cependant, qui ne se fiait nullement aux protestations du duc deGuise, essaya de prendre des précautions contre lui ; il fit entrer par la porteSaint-Honoré les quatre mille Suisses logés depuis quelque temps dans le fau-bourg Saint-Denis, de plus, deux mille hommes de gardes-françaises, et fitplacer plusieurs compagnies de la ville dans le cimetière des Innocents. Leprojet du roi était, dit-on, de faire arrêter, avec cet appareil formidable, lesprincipaux chefs de la Ligue, de les faire juger, et mourir par la main du bour-reau. Mais il savait prendre les résolutions sans savoir les exécuter.
Au bruit de l’entrée de ces troupes et de leur répartition dans divers lieux,les ligueurs alarmés se réveillèrent. Curcé, l’un des plus actifs de ce parti, dèsquatre heures et demie du matin, fit crier dans le quartier de l’Université :Alarme! alarme! Mêmes cris se font entendre dans les autres quartiers. Aussi-tôt les bourgeois s’arment, sortent de leurs maisons, se réunissent dans leurscorps-de-garde. On tend les chaînes dans les rues; on les barricade avec destonneaux pleins de terre. A midi, toutes les rues de Paris étaient fortifiées pardes barricades, et quelques-unes furent poussées jusqu’à cinquante pas duLouvre. Les troupes du roi, pressées de-toutes parts, ne pouvaient avancer nireculer sans s’exposer au feu de ces barricades et aux coups de pierres dont onavait fait provision dans les maisons. Le roi, instruit d’heure en heure, et alarméde tout ce qui se passait dans la ville, envoyait tour à tour le gouverneur de
Paris , les maréchaux de Biron et d’Aumont, pour apaiser et rassurer le peuple
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