426
leurs prétendus exploits. Les duellistes étaient nombreux à Paris , et acqué-raient d’autant plus d’honneur qu’ils avaient fait périr un plus grand nombred’individus. Le sujet de leur conversation du jour était la quantité deshommes lués la veille. Ils ne s’entretenaient, ils ne se glorifiaient que demeurlres. — Les raffinés d'honneur se composaient de nobles qui surpassaienten irritabilité la femme la plus difficile. « Un clin d’œil, un salut fait par acquit,
» une froideur, un manteau qui touchoit le leur suffisoit pour qu’ils appe-» lassent au combat et s’exposassent à tuer celui dont ils se prélendoient offen-» sés, ou à être tués par lui. Quelquefois ces raffinés d'honneur appeloient en« duel un homme qu’ils ne connoissoient pas, et qu’ils prenoient pour un autre ;
» et quoique l’erreur fût reconnue, ils ne laissoient pas que de se baltre et de» s’entre-tuer comme des ennemis. » — A la cour de Louis XIII , les plus distin-gués raffinés d'honneur étaient Balagny, qui fut tué en duel en 1613 ; Pompignan,Yégole, le cadet de Suze, Monglas, Yillemore, La Fontaine , le baron de Mont-morin, Pétris, etc., tous morts sans utilité comme sans gloire, et dont l’histoire,dit d’Aubigné, ne parlera jamais qu'avec mépris.
C’est au règne de Louis XIII que nous devons les petits-maîtres, le mauvaisgoût du style burlesque et du style précieux, enflé et pédanlesque ; que nousdevons l’usage plus fréquent de priser et de fumer du tabac ; l’usage des vertu-galles, vertugardins (vertugardiens) ou vasquines, espèce de vêtement de femmequi rendait les deux tiers de leur stature semblable à un tonneau défoncé. Lesjupes, enflées par des cerceaux, formaient un cylindre qui cachait la taille et lessuites apparentes de l’incontinence des dames. Aussi ce vêtement était-il nomméen plusieurs lieux cache-bâtards. A cette mode ridicule succédèrent les paniers,qui n’étaient pas de meilleur goût.
La presse, qui, sous Henri IV et dans les onze premières années de Louis XIII ,jouissait d’une assez grande liberté, fut entièrement asservie par le cadinal deRichelieu. 11 prit à ses gages des écrivains qu’il chargeait de prôner ses opérationspolitiques et sa personne. La Gazette, qui commença à paraître de son temps, nes’écrivait que sous sa dictée. Il voulut commander à l’opinion comme il comman-dait à une grande partie de l’Europe .
Richelieu , sans le vouloir peut-être, bâta la marche des connaissances hu-maines. Il fonda l’Académie française , dans l’unique dessein, cà ce qu’on a dit,de faire critiquer par ses membres la tragédie du Cid. La critique et la discus-sion en matière de goût s’établirent pour la première fois. On commença àmieux étudier la belle antiquité et à donner des règles à la langue. Ce cardinalfaisait de mauvaises tragédies ; mais il éleva à Paris un théâtre, le plus magni-fique qu’on eût encore vu, et il inspira le goût de la scène tragique.
Ajoutons que, pour la première fois depuis l’origine de la monarchie, on vità Paris des ouvrages périodiques. Le Mercure français , dont, à partir de 1611, ilparaissait un volume chaque année, contenait le récit des événements publics,les actes du gouvernement et plusieurs pièces historiques relatives à l’état del’Europe . Les auteurs du Mercure, encouragés par le succès, conçurent le projetd’établir un bureau d’adresses, ou dépôt de divers objets de marchandises àéchanger ou à vendre, et de faire imprimer et publier l’annonce de ces objets.