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Fontenai, revenu de Chine , remit au roi douze gros volumes, les uns chinois ,les autres tartares. —Eu 1701, deux cent cinquante manuscrits provenant dela bibliothèque d’un docteur de Sorbonne, appelé Faure, furent achetés : on yjoignit deux manuscrits donnés par Sparwenfeld, maître des cérémonies de lacour de Suède , un Missel romain d’une grande antiquité, et une relation devoyage en langue russe. Cette relation était le premier volume en cette langueque possédât la bibliothèque. On acheta à Home un manuscrit de Pétrone oùse trouvent le fragment du Festin de Trimalcion et plusieurs autres morceauxde cet écrivain licencieux ; Tibulle , Properce et Catulle en entier ; l’Épître deSapho, celle de Phaon, et le petit poème du Phénix , par Claudien . Ce derniermanuscrit fut trouvé, dit-on, à Travv én Dahnatie. — Une caisse était depuisquinze ans déposée à la douane sans être réclamée; on la fit enfin ouvrir : ellecontenait quatorze portefeuilles remplis de livres tartares qui furent remis, en1708, à la Bibliothèque royale. — En 1713, celte bibliothèque reçut, entreautres richesses, le legs de Caillé du Fourny, contenant l’inventaire des titresconservés dans la chambre des comptes de Lorraine et de Bar; celui de Galland,consistant en cent volumes ou portefeuilles de manuscrits arabes, turcs, per-sans, etc. En 1711, François de Gaignères lit à celle bibliothèque une donationd’une bien plus haute importance : il lui légua son immense et très-riche cabi-net. Tous les jours, des legs, des présents, des acquisitions et des tributs de lalibrairie augmentaient ce précieux dépôt des erreurs, des vérités et des connais-sances humaines.
Le changement le plus notable qu’il éprouva, sous le règne de Louis XIV ,fut sa translation de la rue de la Harpe dans la rue Vivienne. En 1666, Colbert acheta des héritiers de M. de Beautru deux maisons voisines de son hôtel, rue Vi-vienne; il les fit disposer convenablement, et les livres y furent transportés.
Sous la régence du duc d’Orléans, le local de cette collection toujours crois-sante étant insuffisant, on s’occupa de la placer ailleurs. Il existait dans la ruede Richelieu un hôtel immense qui portait le titre de palais, qu’avait fait con-struire et qu’avait autrefois habité le cardinal Mazarin. Après la mort de Maza rin , cet hôtel fut divisé en deux parties : l’une, du côté de la rue Vivienne, futle lot du duc de la Meilleraie, et porta le nom A'Hôtel de Mazarin jusqu’en 1719,époque où le roi en fit l’acquisition pour la donner à la Compagnie des Indes.On y a depuis établi la Bourse ; l’autre partie du palais Mazarin , située du côtéde la rue Richelieu, échut au marquis de Mancini, et devint Y Hôtel de Nevers.On y avait placé la banque du système de Law : cette banque, ruinée de fonden comble, laissait un local vide. L’abbé Bignon , bibliothécaire, décida le ré-gent à ordonner, en 1721, que la bibliothèque serait placée à l’hôtel de Nevers.Sans retard, on transporta une grande partie des livres, que l’on plaça sur destablettes faites à la hâte, et dans la partie même du palais Mazarin où ce cardi-nal avait eu la sienne. Ses richesses s’augmentèrent toujours, et avec une rapi-dité qui ne nous permet plus de les détailler. Je dirai qu’après Tan 1790, époquede la suppression des maisons religieuses, cette immense collection s’accrut d’ungrand nombre de livres manuscrits ou imprimés, provenant des bibliothèquesde ces maisons supprimées.