SOUS LA RESTAURATION.
613
ÉTAT DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES ARTS SOOS LA RESTAURATION.
A la faveur de la paix, qui fut à peine troublée un moment par 1 expéditiond’Espagne , le commerce et l’industrie prirent un développement considérablesous la Restauration, et atteignirent au degré de prospérité le plus élevé que nousprésente l’histoire de France . Malgré les préoccupations politiques, si hostilesau gouvernement de la Restauration; malgré les centaines de millions payés,pour frais de guerre, aux puissances alliées ; malgré, enfin, l’indemnité d’unmilliard accordée aux émigrés, la fortune publique s’accrut rapidement et l’ai-sance se répandit peu à peu dans toutes les classes de la société.
Le mouvement intellectuel fut également très-remarquable sous la Restau-ration ; l’esprit de lutte, qui animait les hommes politiques, s’étendit dans ledomaine de la littérature et de la philosophie. D’un côté, la métaphysique spi-ritualiste s’escrimait avec courage contre les doctrines sensualistes mises enhonneur par les idéologues du xviii 6 siècle; d’un autre côté, les admirateursexclusifs de l’antiquité païenne, prenant pour mots de ralliement les poétiquesd’Aristote , d’Horace et de Roileau, s’abritant derrière les chefs-d’œuvre litté-raires de l’antiquité grecque et romaine, et s’appuyant sur les écrits immortelsdu siècle de Louis XIV , soutenaient l’assaut contre des novateurs qui bâtissaientun nouveau Parnasse, au sommet duquel ils plaçaient Shakespeare , lord Byron et Goethe . De cette petite guerre littéraire entre les classiques et les roman-tiques, comme s’appelaient les deux partis, il n’est sorti, il faut le dire, aucunouvrage durable. Cependant, malgré les fanfaronnades de leur style et lesexcentricités de leurs inventions littéraires, quelques hommes sont arrivés àune célébrité à laquelle il ne manque que la sanction du temps.
Ea plupart des écrivains qui s’étaient distingués sous l’Empire continuèrentleurs travaux sous la Restauration : MM. de Chateaubriand, Andrieux, Tissot,de Laeretelle, Ballanclie, Benjamin Constant et M me de Staël étaient à l’apogéede leur talent. Quelques poëtes, MM. de Lamartine , Casimir Delavigne , Victor Hugo , Alf. de Vigny, s’ouvrant des voies nouvelles dans le champ de l’imagina-tion, virent leurs premiers essais accueillis avec une faveur marquée. MM. Bar-thélemy et Méry assujettissaient aux formes de l’alexandrin des pamphletsvivement admirés par les libéraux. Les chansons de MM. Désaugiers , Piis etsurtout celles de Béranger, prouvaient que l’esprit français n’avait rien perdude sa verve railleuse ni de sa gaieté philosophique. MM. Alexandre Buval etEtienne voyaient leurs comédies se jouer au milieu des applaudissements. LesVêpres Siciliennes et Marino Faliero , par Casimir Delavigne , en raison descirconstances politiques, étaient accueillis avec enthousiasme. Sur la fin de laRestauration, M. Victor Hugo faisait représenter, sur le Théâtre-Français, sesdrames d 'Hernani et Marion Delorme , et M. Alexandre Dumas , son drame deHenri lu, deux pièces qui furent regardées comme le manifeste de la poétiquede l’école nouvelle. Ces pièces firent une terrible concurrence aux mélodramescomme les concevaient, avec très-peu de prétentions littéraires, MM. Pixerecourtet Victor Ducange ; quant aux poëtes tragiques de l’époque impériale, ils se