DES DELITS ET DES PEINES. 227
trancher la tête au calabrois Gentilis ; 8c les successeursde Jehan Calvin firent brûler Antoine. Est-ce la raison ,la piété, la justice quiont commis tous ces meurtres?
L’hiítoire à'Antoine est une des plus singulières dontle souvenir se soit conservé dans les annales de ladémence. Voici ce que j’en ai lu dans un manuscrittrès-curieux, 8c qui est rapporté en partie parSpon. Antoine était né à Brieu en Lorraine, de père 8cde mère catholiques , 8c avait étudié à Pont-à-Mousson chez les jésuites. Le prédicant JerzTengageadans la religion protestante à Metz. Etant retourné àNancy, on lui fit son procès pomme à un hérétique ;8c si un ami ne savait fait sauver, il allait périr parla corde. Réfugié à Sédan, on le soupçonna d’êtrepapiste, 8c on voulut sassassiner.
Voyant par quelle étrange fatalité sa vie n’était enfureté ni chez les protestans ni chez les catholiques,il alla se faire juif à Venise. II se persuada très-sincè-rement, 8c il soutint jusqu’au dernier moment de savie , que la religion juive était la seule véritable, Scque puisqu’elle savait été autrefois, elle devait l’êtretoujours. Les Juifs ne le circoncirent point, de peurde se faire des affaires avec le magistrat ; mais il n’enfut pas moins juif intérieurement. II n’en fit pointprofession ouverte ; 8c même étant allé à Genève enqualité de prédicant , il y fut premier régent dncollège , 8c enfin il devint ce qu’on appelle minijlre.
Le combat perpétuel qui s’excitait dans son cœurentre la secte de Calvin qu’il était obligé de prêcher8c la religion mosaïque à laquelle seule il croyait, lerendit long-tcmps malade. II tomba dans une mélan-colie 8c dans une maladie cruelle ; troublé par ses
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