DES DELITS ET DES PEINES. 22g
singulier, c’est qu’il y avait alors dans te même hôpitalun autre fou qui fe disait le père éternel , de quimême la démence a passé en proverbe. Simon Morínsut si frappé de la folie de son compagnon qu'ilreconnut la sienne. II parut rentrer pour quelquetemps dans son bon sens ; il exposa son repentir auxmagistrats, 8c malheureusement pour lui il obtint sonélargissement.
Quelque temps après il retomba dans ses accès ; ildogmatisa. Sa mauvaise destinée voulut qu'il fîtconnaissance avec S‘ Sorlin Dejmarêls , qui fut pendantplusieurs mois son ami, mais qui bientôt par jalousiede métier devint son plus cruel persécuteur.
Ce Defmarêts n’était pas moins visionnaire queMorin : ses premières inepties furent à la véritéinnocentes; c’étaientles tragi-comédies d’ ErigoneSc deMirame imprimées avec une traduction des pseaumes ;c’étaient le roman à'Ariane 8c le poème de Clovis àcôté de l’office de la Vierge mis en vers ; c’étaient despoésies dithyrambiques enrichies d Invectives contreHomère 8c Virgile. De cette espèce de folie il passa àune autre plus sérieuse ; on le vit s’acliarner contrePort-royal ; Sc après avoir avoué qu’il avait engagédes femmes dans l’athéisme , il s’érigea en prophète.II prétendit que Dieu lui avait donné de fa main laclef du trésor de l’Apocalypse, qu’avec cette clef ilferait une réforme de tout le genre-humain , 8c qu’ilallait commander une armée de cent quarante millehommes contre les jansénistes.
Rien n’eût été plus raisonnable 8c plus juste quede le mettre dans la même loge que Simon Morin :mais pourra-t-on s’imaginer qu’il trouva beaucoup de
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