La voix du curé. 479
je bénis Dieu ; j 'embrassai en pleurant mes chersparoissiens qui pleuraient avec moi ; je leur demandaipour quel crime leurs ancêtres avaient été condamnésà une si horrible servitude dans le pays de la franchise ?Mais quel fut l’excès de mon étonnement, de ma terreur8c de ma pitié, quandj'apprisqueles titres sur lesquelsces moines fondaient leur usurpation étaient évidem-ment d’anciens ouvrages de faussaires ; qu’il suffisaitd’avoir des yeux pour en être convaincu ; que dansplus d’une contrée, des gens appelés bénédictinsbernardins, préfriontrés, avaient commis autrefoisdes crimes de faux , 8c qu’ils avaient trahi la religionpour exterminer tous les droits de la nature.
Un des avocats qui avait plaidé pour ces infor-tunés, 8c qui avait sauvé la pauvre Mermet des serresde la rapacité , accourut alors, 8c me donna un livreinstructifSc nécessaire, intitulé : Dissertationsur 1 abbayede S 1 Claude , Jes chroniques , fes légendes , ses chartes ,ses usurpations , ù les droits des habilans de cette terre.
Je congédiai mes paroissiens, je lus attentivementcet ouvrage, que tous nos juges 8c tous ceux quiaiment la vérité ont lu fans doute avec fruit.
Je fus d’abord effrayé de la quantité des chartessupposées , de ce nombre prodigieux de faux actesdécouverts par le savant 8c pieux chancelier d 'Aguejseau,8c avant lui par les Launoy , par les Baillet, par le.;Dumoulin.
Je vis avec le sentiment douloureux de la piété,indignée d’avoir été trompée par dessables, que toutesles légendes de S 1 Claude n’étaient qu’un ramas desplus grossiers mensonges inventés, comme le dit-Baillet , au douzième 8c au treizième siècles; je vis