11 a une conférence avec un affidé dont parle la lettre in-atructive numérotée 18f>.
Elle est du 16 Floréal, an 4.
L’adresse est à une tierce personne; mais elle est réelle-ment pour le ci-devant Prince de Condé, pour Klinglin etWickham. Réjouissez-vous, dit-il; enfin Pichegru nous estrendu, plus aimable et surtout plus savant que jamais. J’aipris le parti de lui faire remettre hier adroitement une lettrepar mon gendarme ; un oui m’a indiqué le rendez-vous pource malin, et j’ai eu la vive satisfaction de l’embrasser. Notreconférence a été de trois heures : on a beaucoup à dire quandon aime; et quoique nos affûtes de Paris ne soient pas aupoint où Pichegru et nous tous l’eussions désiré pour les in-térêts du Prétendant, vous n’en admirerez pas moins les vasteset sages calculs de Pichegru qui, maintenant, m’a ample-ment communiqué son plan, et qui a décidément fixé lesopérations à entamer.
J’ai obtenu de Pichegru , vu la haute conséquence de lachose et l’extrême responsabilité qui pèse sur mes écrits lapromesse de rédiger allégoriquement la substance de ce qu’ilm’a dit. Peut-être aussi aurai je un tout petit mot de sa main,ce que je souhaite bien, en attendant je vais rendre compte dece que Pichegru m’a dit.
A sou arrivée à Paris , le Directoire lui écrit, comptant, tirerde lui une réponse à publier, pour montrer qu’il avait sa con-fiance. Pichegru , au bout de huit jours seulement, réponditd’une si singulière manière, que cet écrit ne fut pas ostensi-ble; le Directoire en fut piqué, et montra son déplaisir àPichegru , qui, loin de s’intimider prit un ton qui lui en im-posa. En général, tous les gouvernans le craignent, parcequ’il a tout Paris bons ou mauvais pour partisans. Pichegru pendant son séjour, s’est appliqué à connaître à fond, l’espritpublic: il y est parvenu ; mais il avoue qu’il ne s’attendait pasà le trouver si erroné. Généralement tout ce qui n’est pasjacobin demande le gouvernement d’un seul. Les grosses têtesmême et le Directoire en voient le besoin et le désirent; maison est bien divisé sur le choix à faire: la très-grande pluralité(ce qui étonne Pichegru ) est pour J’Orléans ; Carnot du di-rectoire même, en est le plus zélé partisan. La mèred’Orléans qui est à Paris , et que Pichegru a refusé de voir, aPair de s’y refuser disant que sou fils serait assassiné le lende-main de sa promotion ; enfin, les gens semés que Pichegru avus en grand nombre, conviennent tous, qu’il y aurait uneguerre civile interminable si d'Orléans ou le Grand Bourgeois(le Prétendant) étaient d’abord installés: elle ajoute aussi,qu’il est plus qu’évident pour elle, que le sang coulerait plusfort que jamais, si ce dernier (le Prétendant) rentrait sanspalliatifs et avec l’intention prononcée de se remettre commeil était. Pichegru assure qu’il faut au Prétendant la plushaute philosophie pour ne pas heurter les opinions d’un siècle