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Tome premier.
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PL A CL II 0 VAL K.

5 ."

Voilà à peu près ce que dit l'mitii|uaire cle la place Hoyale; l'antiquaire,par métier, ne s'inquiète guère (|ue des pierres taillées et des morceauxde bronze fondu avec plus ou moins d'art et de bonheur, puis, quand ila bien arrangé sa description méthodique, notre homme passe à uneautre description, sans s’inquiéter de satisfaire votre rieur ou votre esprit;c’est à peine s’il vous raconte que le cheval de cette statue de Louis Xlllavait été fondu par Daniel de Yolterre, et que peu 11e s'en est fallu qu'il11'eùt été créé par le grand Michel-Ange . Après quoi et lorsqu’à peine ladescription est achevée, quand la dernière pierre de taille vient d'ètreplacée par la main du dernier grand seigneur, quand toute une sociétésavante, élégante et polie s’est agitée entre ces nobles murailles qui sontdevenues le centre de l'urbanité française et de l’atticisme européen, unerévolution impitoyable tombe soudain sur ces nobles monuments quiétaient l’orgueil de la nation toute entière, elle renverse, elle détruit, ellearrache les gazons et les marbres, elle brise en mille pièces la statue deLouis XIII et le.clieval de Daniel de Yolterre; bien plus, cette révolutionimpitoyable porte ses mains violentes sur les grands noms abrités dansces palais si remplis de grâce extérieure, elle tue après avoir tout brise, etenfin, couverte de sang et de poussière, elle s’en va où l’appellent d’autresruines et d’autres violences.

Mais, dites-vous, ce qui est brisé on le relève, les familles 11e meurentpas tout entières sur l'échafaud, il y a des choses que l’on ne peut anéan-tir, l’esprit, par exemple. Cela est ainsi que vous le dites; on 11e brise queles choses périssables, il y a des noms qui resteront jusqu’à la fin dans notrehistoire, le monument renversé se remplace par un autre monument ; maisl'esprit humain est capricieux, la popularité est changeante; dans une villecomme Paris , la foule se déplace comme fait la mer qui passe d’une grèveà une autre grève : elle était là-bas, elle est ici. La révolution qui a chasséla belle foule de la place Royale, l’apousséeau Palais-lloyal, par exemple,et là, entre ces arcades remplies d’or et de bruit, autour de ces gazons etde ces eaux bruyantes, dans la même enceinte abritée contre la pluie etle soleil, la conversation française et l’esprit parisien ont établi leur nou-veau domicile. Mais, juste ciel, ce n’est plus la causerie d’autrefois, cen’est plus l’esprit murmurant et doucement jaseur de la place Royale,-ce n’est plus ce charmant et poétique murmure dans lequel tant de voixcalmes et correctes développaient à plaisir tous les beaux sentiments ducœur; ce n’est plus cette opposition prudente et cachée des beaux-esprits,des grands seigneurs, des galantes personnes de la cour de Louis XIII etde Louis XIV . Au Palais-lloyal vous trouverez cette opposition brutale etfuribonde qui se souvient des déclamations ardentes de Camille Desmou-lins , quand les feuilles des arbres du jardin servaient de cocarde auxfactieux. Vous voyez donc qu'en effet les monuments peuvent mourir aussi