1*1, ACE ROYALE
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Cermaiu par la mort de M. de la Châtaigneraie.— lin peu plus tard, etc'est à peine si la place Royale était tracée, six bons amis vinrent, s’y cou-per la gorge selon l’usage des temps 'Castres contre Antragues, Maugiron contre Ribirnc, Lèvarot contre Schombrrg]. Les plus belles épées et lesplus alertes ont été tirées sur la place Royale. Et pourquoi ? Hélas !M. de Bouteville se fiant à son nom de Montmorency, s’en vint lui aussi àla place Royale pour y braver l’ordre du roi contre les duels. L’infortunéjeune homme paya de sa tète cette folie..C’était mourir bien jeune et biencruellement pour un petit, crime ! Mais le cardinal de Richelieu se plaisait,a ces exécutions sanglantes. Il aimait à s’entourer d’épouvante et de ter-reur. Que de mauvais jours il a fait passer aux beaux-esprits de la placeRoyale, mais aussi comme les beaux-esprits de la place Royale lui faisaientpayer en sarcasmes et en malédictions tout le noble sangqu’il avait, répandu !
Croyez-moi, même pour les esprits les plus légers et les plus futiles enapparence, c'est une tâche bien triste de rechercher sous ces cendresrefroidies le peu de, feu qu’elles couvrent encore* c’est une tâche bientriste que de parcourir, après deux générations si vivantes par l’esprit,parla grâce, par le génie, parla beauté et le courage, ces mêmes lieuxabandonnés aujourd'hui à des vieillards sans nom, à des enfants, à desinvalides, à tout ce qui est l’oubli, le silence, le repos, le sommeil. Quandvous marchez sur ces dalles sonores, vous vous faites peur à vous-même,et vous détournez la tête pour savoir si quelqu'un ne vient pas derrièrevous, des héros d’autrefois, La Tremouille, Lavardin, Coudé , Lauzun,Renserade? Dans cette obscurité et dans ce silence, vous vous demandez àvous-même pourquoi donc les gens de M. de La Rochefoucauld, de Cabrielled’Estrées et de madame de Montespan, n’ont pas allumé leurs torchespour éclairer le carrosse ou la chaise à porteurs de leurs maîtres? Si-lence, d’où vient, ce bruit, de musique et de petits violons? il vient de larue du Parc; et cette foule de bourgeois à l’air empressé, où vont-ils?eh donc! ils vont où les appelle Molière , leur ami ; ils vont où les conviela comédie, cette émotion toute nouvelle; ils se rendent en toute hâte àl’hôtel Carnavalet pour y voir jouer le Georges Dandin de Molière . Et tousces grands hôtels que je vois là, dont les portes sont fermées, silencieuses,et toutes ces hautes fenêtres où nul ne se montre, sinon ’ p servanteen haillons, comment s’appelaient-ils autrefois ? c’était l’hôtel Sully,l'hôtel Yideix, l’hôtel d’Aligrc, l’hôtel de Rohan, l’hôtel Rotrou , l’hôtelCueménée, nobles maisons changées en hôtels mal garnis, contre les-quelles le savetier du coin et l'écrivain public ont placé leurs échoppesimmondes ! Que peuvent-elles penser ces nobles murailles à se voir ainsidévastées, silencieuses, dédaignées? Quel silence dans ces salons siremplis naguère de causerie puissante! quelle tristesse sous ces plafondsdorés tout chargés d’amours et d’emblèmes! quelle révolution incessante,
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