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nain* me depuis le moyen-âge. (l'est d’abord un rendez-vous champêtrepour les parties plus ou moins tines des basses classes de la populationparisienne, une espèce de Meudon populaire. Une fois englobée dansParis , ses bonnes dispositions ne font que croître et embellir. La paysanneun peu égrillarde est devenue une véritable gourgandine. Le temps n’estpas loin où sa réputation franchira les barrières, et où les pères et mèresdes provinces de France recommanderont à leurs (ils d’éviter toute fré-quentation avec elle.
11 faut avouer aussi que jamais rue ne fut plus convenablement situéepour devenir un admirable coupe-gorge, un délicieux clapier. SousHenri IV , déjà la rue Saint-IIonoré avait presque acquis le développement,qu’on lui voit aujourd’hui ; elle roulait, d’un bout de Paris à l’autre, commeune vaste rivière, les vagues toujours mouvantes d’une population com-posée de gens de tous les états, de tous les quartiers, de tous les pavs.Le fut cet encombrement (pii coûta la vie au Béarnais. Le Palais-lloyalopère sa jonction avec ce fleuve, juste devant la rue dont nous parlons(pii n'est qu’une sorte d’exutoire, une espèce de canal où se jettent toutesles immondices qui flottent à la surface de l’eau. Du côté du nord, notrevoie de communication s’ouvre sur des espaces vagues dont l'étendueétait considérable à une certaine époque. Les décombres toujours amon-celés pour l'achèvement du Louvre, les accidents du terrain, la solitudequ'on était sûr de rencontrer en de tels lieux, les rendaient essentielle-ment propices à l’exécution de.tous les crimes et de toutes les turpitudesqui ont besoin du silence et de la nuit. Là les voleurs tenaient leursconciliabules nocturnes, là l’enfant ignorant, le moine obscène, le vieillarddévoré d’une luxure stérile, venaient chercher une satisfaction honteuseà d’impurs désirs ; là le vol et l’assassinat étaient pour ainsi dire endé-miques; d’abjectes syrènes attiraient leur proie et ne la rendaient plus.Au dernier coup du couvre-feu, bandits et ribaudes prenaient possessionde leurs domaines et faisaient la maraude jusqu’au milieu de la nuit.Tout ce peuple maudit rentrait ensuite dans les repaires que lui offrait larue voisine ; alors, sans prendre la peine d’essuyer les mains tachées desang, commençait l’ignoble orgie, le vin, les baisers, les blasphèmes ; etde semblables nuits se succédaient jusqu’à ce que la main de la policearrachant le verre et la chanson aux lèvres du meurtrier, et le poignardà son bras, lui ménageât un terrible et dernier réveil en face de l’é-chafaud.
L’histoire de la rue I'ierre-Lescot peut se résumer dans ces quatremots, assassinat, vol, misère, prostitution. Cette rue n’a-t-elle donc jamaisconnu l’innocence, et n’a-t-clle pas eu ses beaux jours?
Innocente, elle ne le fut jamais ; son enfance et sa jeunesse ont étépassablement agitées, comme on a pu s’en convaincre par ce que nous