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qui avait blessé au vif madame de l’ompadour. Que de naturels impres-sionnables se sont épanouis, au récit des intelligentes consolationsqu’une araignée sensible prodiguait à ce captif! que de collerettes sou-levées par de sentimentales palpitations, à la lecture des malheurs, dessouffrances intimes du sieur de Latude , et des essais dangereux qu’il litpour en abréger la durée !
Voilons, croyez-moi, ces tableaux lugubres; laissons aux moralistes lesoin de livrer à l'indignation de la postérité la scandaleuse émission deslettres-de-cachet; nous voulons vous montrer la Bastille sous un plusriant aspect. Peut-être Voltaire et Richelieu n’ont-ils habité ensemblecette prison d’Etat que dans un joli vaudeville, joué il y a quelque trenteans au théâtre de la rue de Chartres; mais il est certain qu’ils y ont sé-journé l'un et l’autre: le premier, pour avoir trop écouté sa verve satiriqueà l’endroit du jeune Louis XV ; le second, pour s’être montré trop peugalant envers sa propre femme... Où en serions-nous, bon Dieu ! si l’onemprisonnait encore pour une satire ou pour une femme? Tandisqu’Arouet charbonnait, dit-on, sur la muraille de sa prison, le récitépique de la Saint-Barthélemy , le brillant Kronsac parcourait la plate-forme du fort: il agitait son mouchoir blanc, pour saluer toutes les bellesdames qui venaient, par centaines, admirer, de loin, ce joujou de leurspassagères tendresses... Vous savez qu’à cette époque l'amour se donnaitd’assez franches coudées : c’était la contre-partie des vices hypocrites durègne précédent. Ce fut à la Bastille (pie la très spirituelle et très laidemademoiselle Delaunay expia le tort honorable d'avoir été fidèle à sonambitieuse maîtresse, madame la duchesse du Maine, avant, pendant etaprès la ridicule conspiration de Ccllamare; le séjour de mademoiselleDelaunay dans cette prison d’Etat, nous a valu un des épisodes lesplus charmants du livre qu’elle nous a légué, sous le titre de Mémoiresrie Madame de Staël .
Quelques années avant la révolution, le spirituel mais trop acerbeLinguet fut mis à la Bastille : d’ordinaire, un emprisonnement calmepeu la bile du prisonnier; le célèbre avocat écrivait ab iralo un factumcontre ses incarcérateurs, lorsqu’un homme grand, pâle, maigre, fluet,entra dans sa chambre. La présence de ce singulier visiteur lui déplutassurément :
— Que me voulez-vous? lui dit-il, avec l’accent d’une mauvaise hu-meur très-expressive.
— Monsieur, je viens...
— Eh! parbleu, je vois bien que vous venez; mais c’est fort mal àpropos.
— Je ne dis pas, Monsieur; c'est que je suis le barbier de la Bastille,et je venais...