HUE .NOTHE-DA.ME-DE-LOHETTE.
Iô7
année, et d’où ces mêmes caprices le rappellent tous les dix-huit mois. Leshabitants du quartier qui, pour la plupart, ne s’occupent guère de politique,sortent quelquefois de leur apathie, mais seulement pour ce qui concerneM. Thiers . Un se doit bien cela entre voisins. Voulez-vous savoir au justesi l'ex-président du L2 mars doit, ou non, faire partie du prochain rema-niement ministériel? demandez aux voisins combien de voitures station-nent à sa porte le soir. Si une longue file d’équipages armoriés serpenteau loin dans la rue, pariez hardiment pour JF. Thiers; mais si, au lieud’équipages, les voisins constatent la présence de quelques misérableschars numérotés, traînés par de maigres haridelles, soyez sûr que l’au-teur de VHistoire de la Révolution Française n’a point fait sa paix avec laCouronne. En attendant que M. Thiers quitte une cinquième fois sa pa-lazzina de la place Saint-Georges pour l’hôtel de la rue des Capucines, ilcharme ses courts loisirs en composant une Histoire de l'Empire, achetéecinq cent mille francs d’avance. — Cinq cent mille francs! qu’on vienneencore nous chanter les louanges de l’ére d’Auguste et du siècle desMédicis.
Tout en face de M. Tliiers, un spéculateur spirituel, et qui comprendles nécessités de son époque, a fondé un établissement de bains dont lebesoin se faisait vivement sentir. Cet établissement est à deux lins.— Lenombre des femmes qui s’y baignent est considérable ; mais le nombrede celles qui sont censées s’y baigner l’est cent fois plus. Hégle générale etinflexible : il n’y aura de sécurité conjugale que du jour où tous les éta-blissements de bains seront fermés par ordre et remplacés par un systèmede baignoires à domicile. Une femme qui sort le matin, en disant qu’elleva au bain est ou une femme perdue, ou une femme qui se perd, ou unefemme qui veut se perdre. Ceci me rappelle un mot de la marquise de L.,une des plus spirituelles et des plus jolies marquises de ce temps-ci.Elle avait paru désirer une salle de bain dans son appartement. M. de L.s’empressa de réaliser ce caprice qu’il goûtait pour mille raisons : la mar-quise fut ravie. Les choses allèrent ainsi durant quelques mois, aprèsquoi la marquise reprit son train de vie ordinaire, préférant à sa coquillede marbre blanc ciselé, l’ignoble baignoire en zinc des bains à vingtsous.Un matin, le marquis se présente chez sa femme et ne la trouve pas; oùest-elle? — Madame est au bain, dit la Marinette de l’endroit.
— Au bain ! répète le mari... Au bain ! c’est singulier !
Sur ces entrefaites rentre la marquise de L.
— Vous arrivez du bain?demande le mari, moitié figue, moitié raisin.
— J’en arrive.
— Est-ce que votre salle de bain vous déplairait, par hasard ?
— Allons donc ! elle est d’un goût charmant. Et d’ailleurs, n’est-ce pasvous qui en avez surveillé l’arrangement?
— Alors m’expliquerez-vous?...
18