RUE NOTRE-DAME-DE-LORETTE
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citadines, à ce point que l’administration vient de créer une place spé-ciale de petites voitures à l’angle de la rue Bréda et de la nie Neuve-Bréda.Ce sont des allées et des venues perpétuelles qui commencent dans l'après-midi et se continuent jusqu’au beau milieu de la nuit; car c’est un dessouverains plaisirs des jolies habitantes de ce quartier. On se demandemême comment, ayant si peu de rentes inscrites sur le grand-livre, ellespeuvent suffire à cette dépense?—C’est que, probablement, leurs rentessont inscrites sur un autre livre; peut-être les trouverait-on dans ce livrecharmant qui a pour titre : les Contes des Mille et une Nuits .
Demandez à M. Conte combien ce quartier absorbe à lui tout seul d’em-ployés de la poste, depuis les commis qui classent et qui timbrent leslettres, jusqu’aux facteurs qui les distribuent. C’est à n’y pas croire, etcependant on n’a pas de peine à se l’expliquer lorsqu’on songe que chaqueEorette écrit ou fait écrire par ses amies, et même par ses amants, unemoyenne de dix lettres par jour. Ces pauvres facteurs n’y tiendraient pass’ils n’étaient suppléés et doublés par tous les commissionnaires duquartier. Quels hommes que ces commissionnaires! quelles ruses,quellehabileté, quelle diplomatie et quelle connaissance du cœur humain illeur faut déployer dans l'exercice délicat de leurs périlleuses fonctions!On a calculé qu’après trois ans d’un pareil métier, un commissionnairede la rue Notre-Dame-de-Lorette ferait un très-excellent premier attachéd’ambassade.
Une observation singulière, c’est que dans ce quartier qui vit de plaisiret pour le plaisir, il n’y a ni thétâtres, ni salles de concert ; il n’y a absolu-ment que l’église. Je n'ignore pas qu’on a inauguré l’hiver dernier unesalle de danse dans la rue Neuve-Bréda. Mais une Eorette un peu biensituée rougirait de s’y laisser apercevoir; de temps à autre, elle permet àsa femme de chambre d’y paraître. Et puis, au demeurant, qu’a-t-ellebesoin de cette salle équivoque? ne règne-t-elle pas l'hiver à l’Opéra etl’été sous les verts ombrages du Ranelagh !
Un mot encore : la rue Notre-Dame-de-Lorette qui compte les cabinetsde lecture par douzaine, ne possède pas un seul restaurateur. En re-vanche, les rôtisseurs y abondent. Ce détail statistique résume la physio-nomie tout entière de ce quartier de Bohèmes : on y mange comme ony vit, sur le pouce !
Ai.béric Second.