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Tome premier.
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LA LITE.

ir,

quérir Lutèce ; « Mais quand ils surent que c’était ceux qu’Iboz y avaitmenés et que c’était tout un peuple, ils s’entrelïrent grand' fête et de-meurèrent ensemble paisiblement sous un roi et sous une seigneurie, etla ville qui avait nom Lutèce, ils l’appelèrent Paris , disant que c’était laidnom et ord que Lutèce. » Aussi, lorsque César entreprit la guerre desGaules, « Paris était habité de gens grands et puissants qui tenaient laCité seulement, laquelle était si forte pour lors et était tellement ferméed’eau, qu’on n’y pouvait passer. »

Raoul de Presles , qui, en commentant la Cité de Dieu de saint Augus-tin, se garde bien d’oublier la Cité de Paris , ne se permettait pas leslicences d’étymologiste que Rabelais a prises dans son audacieux romande Gargantua, en faisant dériver le nom de Lutèce, des blanches cuissesdes dames dudit lieu, et le nom de Paris , de la bienvenue de son hérosqui vint s’asseoir sur les tours de Notre-Dame , et qui noya par ris lesbadaux assemblés à ses pieds. Gulliver ne traita pas mieux les Lilli-putiens, et ne baptisa pas leur capitale.

Depuis ce mémorable déluge, non moins probable que celui d'Ogigèsou de Deucalion, les rues de la Cité ont vu se succéder un flux de géné-rations que les siècles ont balayées en poussière, et bien des événements,grands et petits, qui n’ontpas laissé de trace dans la mémoire des habi-tants actuels ; ces rues ont subi bien des métamorphoses nominales etmatérielles, depuis l’époque où l 'île des Corbeaux n’offrait çà et là quequelques huttes rondes, sans fenêtre et sans cheminée, construites enbois et couvertes de roseaux, sous lesquelles s’abritaient de pauvres fa-milles de bateliers gaulois . La formation d’une ville est lente et progres-sive comme celle d’un terrain d’alluvion : il a fallu dix-huit cents ans pourque l’antique Lutèce enfantât le Paris moderne qui est sorti de son berceauen rompant ses langes de fortifications, et qui n’est pas encore parvenuau terme de son accroissement gigantesque.

Jadis ces rues n’étaient pas pavées ; elles ne le furentque sous Philippe-Auguste . Ce grand roi, qui travaillait sans cesse à embellir sa cité de pré-dilection, était à la fenêtre de son palais, situé à la place même duPalais-de-Justice: un chariot remua en passant la fange de la rue, etrépandit une telle infection jusque dans l’appartement royal, que le princeordonna de paver les rues avec des pierres dures et carrées. L’exhausse-ment du sol à une toise au-dessus de ce premier pavé témoigne assez queles successeurs de Philippe-Auguste ne veillèrent pas à faire observerl’édit qui prescrivait aux bourgeois d’entretenir à leurs frais le pavé de lavoie publique devant leurs logis. Les pourceaux eurent encore longtempsle privilège de barbotter dans les fanges de la bonne ville; il fallut qu’und’eux renversât de cheval le fils aîné de Louis-le-Gros , passant près deSaint-Gervais , pour que ce privilège leur fût retiré par ordonnance du roi.