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LA GITE
Aces époques-là, la plupart des rues n’avaient pas de dénominationsprécises. Ainsi, la rue de la Calandre est désignée dans les'chartes parcette périphrase : Rue par laquelle on va du Petit-Ponl à la place Saint-Michel. Ensuite, ces rues furent nommées de tant de façons souvent con-tradictoires, qu’il est presque impossible de les reconnaître à présent surleurs anciennes dénominations. Ces noms créés et adoptés par le peuple,étaient obscènes ou ignobles, ridicules ou burlesques, significatifs oucaractéristiques; on jugeait, au simple énoncé du sobriquet populaire, lesrues consacrées à la prostitution, celles où s’était commis un crimecélèbre, celles dont les habitants avaient mauvaise renommée, celles qu'ilfallait aborder en se bouchant le nez, celles remarquables par un puits,un four ou une notre-dame, par un hôtel ou par un couvent. On n’avaitpas alors d’écriteaux indiquant les noms officiels de chacune d’elles. Cefut Turgot qui inventa, en 1723, ces écriteaux et qui n’osa pas changer unseul des anciens noms.
La Cité, que l’administration de la Voirie semble vouloir rebâtir defond en comble, n’a conservé qu’jun petit nombre de ces rues qui en fai-saient un dédale inextricable et insalubre; mais quelques-unes, par leurnom plutôt que par leur aspect, évoquent encore des souvenirs et desimpressions qui s’effacent tous les jours.
CLOÎTRE DE NOTRE-ItAME.
Le Cloître de Notre-Dame , qui a gardé son nom en abandonnant sesprivilèges et sa destination canonicale, était ceint de vieilles murailles etfermé de portes ; la principale, bâtie avec les débris de Saint-Jean-le-Rond, s’ouvrait sur l’emplacement que cette petite église avait occupénaguère à la droite de la basilique de Maurice de Sully . C’était le domainedu chapitre de Notre-Dame qui existait déjà sous Charlemagne et com-posait un ordre régulier avec le titre de Frères de la Vierge Marie . Sixpapes, vingt-neuf cardinaux et une multitude d’archevêques et évêquesfurent donnés à l’Eglise par cet illustre chapitre, dont les chanoines avaientla tonsure en couronne et la barbe rase, sous peine d’être privés de toutbénéfice pendant un mois. Malgré cette rigidité de costume, ces cha-noines sybarites expulsèrent de leur Cloître les écoles épiscopales dontla turbulence ne respectait pas plus leur sommeil que le service divin.Aristote et sa docte cabale traversèrent les ponts et se réfugièrent dansla rue du Fouare ; le chantre de Notre-Dame conserva sa juridiction dansces foyers de disputes scolastiques, et seule, entre les quatre Facultés, lathéologie eut la prérogative de s’enraciner à l’ombre de l’évêché.
A la fin du onzième siècle, le Cloître était jonché de'paille fraîche etfoulée, sur laquelle venaient s’étendre, aux heures des leçons, ces écoliers