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Tome premier.
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Il U E SAINT-FLORENTIN.

le cinquième appartient à la puissance, à la richesse, aux plaisirs, auxvanités et aux intrigues (le ce monde. Soyez tranquilles : les historiens desrues de Paris ménageront les passants qui vivent encore.

Je 11e sais guère qu’un seul moyen de rendre la parole à la bouche desmorts, que je voudrais entendre comme par enchantement, sans pouvoirles ressusciter par un miracle. Ce moyen, très-simple, très-facile, très-ingénieux, fut exploité autrefois par un homme de beaucoup d’esprit, demalice et d’audace, par un écrivain railleur, par un très-amusant philo-sophe qui se nommait Lucien, et que l’on pourrait surnommer, ce mesemble, le Voltaire du paganisme.

C’est donc Lucien, ce véritable Aristophane de la tombe, qui meprêtera, si vous daignez me le permettre, le cadre fabuleux de sesdialogues, pour mieux étaler à vos regards le tableau d’une réalité histo-rique. Aussi bien, ne s’agit-il pas, dans ce livre qui embrasse tous lesâges de la ville de Paris , de la résurrection des sociétés parisiennes?

Puisqu’il nous est impossible d’obliger les morts à comparaître devantnous, prenons à deux mains notre curiosité, notre imagination, notrecourage, afin d’arriver secrètement jusqu’à eux, afin de les visiter dansl’autre monde, en nous promettant de les interroger et de les entendre.

Certes! nous n’irons pas dans le ciel, dans le royaume des bienheu-reux : pour trouver les héros que je cherche, nous n’aurons besoin quede pénétrer dans cette immense prison pénitentiaire qui touche à la valléede Josaphat, et où souffrent, en essayant de se repentir, les grands comé-diens du théâtre de l’humanité.

. Adieu donc, terre !... et vive l’enfer où nous allons! La pensée voyage vite :nous voici déjà dans le purgatoire, au milieu de quasi-damnés qui furentautrefois des hommes coupables... avec des circonstances atténuantes.

Que le diable soit loué ! je viens de reconnaître, à la première vue, lespersonnages célèbres que nous avons besoin de voir et déjuger; regar-dons-les passer ensemble, s’il vous plait.

Le premier est grand, maigre, sec, et tout à fait ridicule; il porte unaccoutrement splendide : un pourpoint de velours noir, couvert de brode-ries et doublé de satin rose ; une veste écarlate, brodée en large pointd’Es-pagne et garnie d’une frange à crépines d’or ; des bas de soie d’un blancd’azur, roulés sur les genoux, et retenus par des jarretières ornées de bril-lants; il traîne, eu guise d’épée, une canne qui ressemble à celle deM. Turcaret; et puis, des manchettes de dentelle, des bagues à tous sesdoigts, et des boucles de souliers étincelantes ; il se promène en calculantce qu’il gagnait, ce qu’il possédait autrefois, et il soupire en regrettantencore d’avoir prêté quelques poignées d’argent à l’insolvable vieillesse deLouis XIV. Vous voyez, dans ce bon homme, le financier Samuel Bernard .

Le second est un grand seigneur pailleté du dix-huitième siècle; il a