HUE SAINT-FLORENTIN.
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souvent même line couronne ; j’ai délié les cordons de ma bourse pour debesoigneux personnages (pie l’on appelait des plus beaux noms de la cour,de l’église et de la ville.
Enlin, mon cher duc, j’ai obligé de mes deniers, le plus gratuite-ment du monde, de très-hauts, très-puissants et très-eNcellents princesqui ont gouverné des peuples : Stanislas I", roi de Pologne , grand-ducde Lithuanie ; Louis XIV ; Louis XV . — Rien que cela !
Que l'enfer se charge du châtiment éternel de ce coquin de Resmarest,le maudit contrôleur des linances du vieux roi ! Je m’en souviens encore :bonté du ciel, quelle comédie pour un peu d’argent! quelle royale comé-die, et comme c’était bien joué, monsieur le duc !
En 1709, l’océan du trésor de l’État était épuisé; les petits ruisseauxde la richesse publique étaient à sec; on imaginait toutes sortes demoyens pour battre monnaie sur le dos du peuple : on se prit à établirdes impôts sur les baptêmes et sur les mariages; il fallut payer pour de-venir chrétien, et pour se marier saintement devant Dieu et devant leshommes! Les petites gens s’ingénièrent, à leur tour, pour se moquer duroi et de M. le contrôleur Resmarets: ils baptisèrent eux-mêmes des en-fants, avec de l’eau sanctifiée par la prière, et qui valait bien celle del’Église; ils se marièrent en secret, avec l’assistance de deux témoinsqui valaient, entre nous, autantque deux prêtres. Le contrôleur avait semél’impôt ridicule des baptêmes et des mariages : le monarque recueillit,par toute la France , les murmures, les plaintes, la haine et la colère despauvres gens; M. Resmarets essaya de monnayer la flèche d’un autre bois.
Il se mit en marche pour aller frapper à toutes les portes; mais, lesportes des banquiers, des traitants, des fermiers-généraux, se fermaienta son approche, pour ne jamais plus s’ouvrir à sa voix; et moi-même,moi, Samuel Bernard , je refusai d’avancer une seule pistole, en dépit desgains considérables que j’avais réalisés dans les finances de l’Etat.
Mais, hélas! sous le règne de Louis XIV , le sujet propose et le roidispose ! Un matin, à mon réveil, je reçus une invitation pour Marly...Oui, pour Marly!... Une invitation signée, non pas de la main de samajesté, mais tout simplement de la main de monsieur le contrôleurgénéral, et, en pareil cas, cela signifiait, âmes yeux, à peu près la mêmechose. D’ordinaire, on n’invitait pas un simple banquier aux fêtes vrai-ment royales de la cour de Marly; mais, il est parfois, dans le mondeoù nous avons vécu, de misérables traitants qui méritent une faveurspéciale, une grâce exceptionnelle, une quasi-justice extraordinaire : jeremerciai Dieu et le roi de l’honneur qu’ils avaient la bonté de me faire.
Je me disais, en m’affublant de mon superbe costume de cour: Masoudaine présence à Marly produira quelque sensation, je m’en flatte;mes confrères crèveront de dépit et de jalousie, j’en suis sûr; Louis XIV