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Tome premier.
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située au nord de l'Abbaye, comprenait l’espace où l’on a ouverl depuisla rue Jacob, la rue des lîeaux-Arls et le ipiai Malaqnais ; on l’appelait lePetit-Pré.

L’on a dit quelque part, dans ces derniers temps, que l’eau, loin deformer une barrière naturelle entre deux peuples, était bien plutôt poureux une voie de communication et de fusion : pour ce qui est de la bar-rière naturelle, je le veux bien; mais quant à la fusion, si les peuplescampes sur les deux rives, en face l'un de l'autre, différents île moeursel d'habitudes, ont de plus le malheur de ne pas être d'humeur facile etendurante, celte fusion pourrait bien ne s'opréer le plus souvent qu'audétriment du plus faible d'entre eux. Le Pré de l’abbaye de Saint-Ger-main nous en offre pendant des siècles un exemple frappant. La petiteSeine , qui coupait ce pré en deux parts inégales, traçait en même tempsune ligne de démarcation, peu respectée à la vérité, entre la propriétéde l’L'niversité et celle îles religieux de l'Abbaye. Les écoliers de l'Univer-sité, gent turbulente et querelleuse s'il en fut, non contents de la permis-sion dont ils jouissaient de prendre leurs ébats sur le Grand-Pré, qui ap-partenait à l'Université, choisissaient de préférence le Petit-Pré, domainede l'Abbaye, pour but de leurs promenades, par la raison qu’il était leplus ’ e de la ville. Les religieux, bien qu’ils supportassent avecpeine le voisinage des écoliers, la plupart hommes faits, mal disciplinéset fort disposés à la querelle et aux batteries, ne leur avaient jamais con-testé la liberté de prendre l’air sur leur domaine. Mais loin de se montrerreconnaissants d'une telle faveur, les écoliers avaient insensiblementpris l’habitude de regarder ce Pré comme leur propriété, et tout d’abordils l’avaient nommé le Pré-aux-Clercs. G’est le nom que l'on donnaitautrefois aux écoliers, tant ecclésiastiques que laïques. Plusieurs foisdéjà ils y avaient commis des dégâts et des désordres de toute espèce,et souvent il était arrivé que les habitants du bourg de Saint-Germain,forts de leur bon droit, les en avaient chassés avec perte.

Or, il advint que dans l’année 1278, l’abbé Gérard de Morel ayant faitélever quelques édifices sur son propre fonds, situé sur le chemin quiconduisait au Pré, les écoliers se plaignirent que les religieux rétrécis-saient leur chemin. Le vendredi 12 mai, ils arrivèrent en bandes nom-breuses, et tous, mettant la main à l’œuvre, ils démolirent en peu d’heu-res les constructions de l’abbé. Gérard de Moret, voulant réprimer leurviolence, fit sonnerie toscin. Aussitôt les vassaux de l’Abbaye accourent,se rangent en bataille, et conduits par les moines, ils fondent sur lesécoliers en criant tue, tue! Les écoliers ainsi attaqués à coups d’épée etde massue, furent blessés en grand nombre. On en saisit plusieurs, on lesgarrotta et on les jet a en prison. Gérard de I)ôle, bachelier ès-arts, fut blessémortellement ; Jourdain, fils de Pierre le Scellenr, fut tué à coups de