• 281 »
ItlJE tjUINCAMFOlX.
Mirabeau) autant cl plus rudement qu'aucun aulre. 11 avait cent millecens en contrats sur l’Hôtel-de-Yille de Paris . Enchaîné par la peste (*),il ne put aller lui-même veiller à ce revirement, de partie (pii n'eut jamaisd'ex e, et où les plus habiles voguaient à l'aventure. Le marquis deCastellane, son beau-frère, était à Paris ; il était de la cour du régent, etsa femme dame d’honneur de la duchesse d’Orléans . Notre agent s’a-dressa au marquis de Castellane pour le placement de ces effets rem-boursés, et celui-ci en acheta des actions. M. de Castellane se laissaaller au courant (pii en entraînait tant d’autres. Cependant, comme ilétait dans la [dus intime des orgies du régent, qu’il jouait le jeu de couret qu’il avait des amis, il fut instruit à temps : il l’a lui-même avoué àson beau-frère, qui ne lui en fit jamais un reproche. On l’avertit doncen secret que les billets allaient tomber et, qu’il était temps de réa-liser, quelle que pût être la marche des effets sur la place. Il se trans-porta à la rue Quincampoix dans l’intention de vendre, et pour soncompte et pour celui de son beau-frère. Aujourd’hui, que nous avonsfait de grands progrès dans Part des fripons de bourse , on sait que. parle moyen du tour de gibecière des coryphées de l'agio, les décris sonttoujours précédés par quelque faux bruit qui relève précisément les effetsdestinés à disparaître peu après. On avait pris, à cet égard, un soin aisé-ment efficace, en un temps où tout le monde était la dupe des mêmes illu-sions, et où chacun, par le désirde se tromper soi-même, aidait encoreà la commune erreur, ou plutôt à la fureur universelle. L’enthousiasmegénéral gagna le marquis de Castellane, venu exprès pour en profiteret bien averti ; au lieu de vendre, il acheta des billets et se noya lui et leseffets de mon agent.
Lorsque la débâcle arriva, quand toutes ces valeurs fictives s'éva-nouirent, dans les mains des détenteurs, M. de Canillae, l’un des plusspirituels amis du régent, dit :
— Tout cela n’est pas nouveau, et Law n’a rien inventé; bien avantlui, j’ai fait des billets que je n’ai pas payés : voilà le système.
Cette plaisanterie cruelle n’était pas juste; si Law dépassa le but, celavint de l’impatience de la nation, qui se précipita en aveugle sur un gagedont la valeur, suivant, l’intention de Law lui-mème, ne devait pas s’é-lever si haut. L’effet général fut néanmoins heureux : de monstrueusesfortunes s’élevèrent, non sur la misère publique , mais au sein de l'ai-sance générale. La noblesse paya ses dettes et s’enrichit; l'intérêt tombaan denier quatre-vingts ; le nombre des manufactures s'accrut de troiscinquièmes ; l’agriculture prospéra ; et Law, génie malheureux, qui était,arrivé en France avec une fortune considérable, alla mourir à Venise pauvre et oiddié.
.) /