Band 
Tome premier.
Seite
312
JPEG-Download
 

obtenu avec les marquis de Sourchcset de Guitry la concession d’une halle,avait bâti auprès de la rue Mauconseil un mauvais hangard étroit et bas,qui causait dans le quartier une infection insupportable. Les habitantsexaspérés se plaignirent, et sur leurs instances le conseil décida quela volaille se vendrait désormais sur le quai des Augustins et point ail-leurs, sous peine du fouet. Sept ans auparavant, s’étaient élevées sur lesruines des hôtels de Nemours et de Luynes, ces maisons que les librairesoccupaient le long du quai vers la lin du xvm' siècle. On trouvait encoreces libraires ou plutôt ces bouquinistes, car ils ne vendaient que de vieuxlivres et n’en faisaient pas imprimer de nouveaux, établis sur le parapetdu pont Saint-Michel , et à peine avait-on laissé leurs étalages vermouluschargés de latin, de grec et d’hébreu, qu’on descendait sur le quai de laTournelle et qu’on avait en face cette vieille tour carrée d’où il tirait sonnom. Jadis ce vieux reste du l’aris de l’hilippe-Auguste était abandonné,mais la piété de saint Yineent-de-Paul lui fournit des habitants : et grâcea ses prières et à ses aumônes, les condamnés trouvèrent dans ses mursle vivre et le couvert jusqu’à leur départ pour les galères. A peu dedistance de ce sombre refuge autour duquel rôdaient sans cesse descapucins implorant en faveur des malheureux qu’il renfermait, la commi-sération publique, se présentait après l’hôtel de Nemours la porte Saint-bernard. Cet édifice, composé de portiques séparés par une pile, avait étéélevé en 1670, pour célébrer la générosité immortelle de Louis XIV , quivoulut bien supprimer cette année un léger impôt sur les marchandises.L'inscription latine l’appelait grand comme celle de la porte Saint-Denis ,et le bas-relief sculpté par Tuby le représentait babillé en divinité an-tique et tenant en main le gouvernail d’un navire qui semblait voguer àpleines voiles. Au-delà de cette porte, il n’y avait plus à voir que la halleaux vins, construite en 1656, sur le canal de Bièvre un espace vague etdésert nommé la Gare et le Jardin royal pour la culture des herbes médi-cinales, dont le médecin de Louis XIII, Guy de La Brosse avait plantévingt ans auparavant les premières allées.

Force était alors aux curieux de revenir sur leurs pas et de traverserla rivière pour aller parcourir les quais des îles. Le quai des Balcons ap-pelé plus tard de Béthune , apparaissait le premier tout lier de la maisonmonumentale, d’IIesselin, le maître de la chambre aux deniers, et del’hôtel Bretonvilliers, siège des bureaux des fermiers-généraux qui, pourle rendre digne d’eux, l’avaient fait embellir par les pinceaux de Bourdonet de Mignard.Ceux d’Alençon,de Bourbon, fameux par son enseigne dela femme sans tète, et d’Orléans , se déroulaient ensuite successivement àleurs yeux, et, franchissant le pont de bois, ils filaient le long du portSaint-Landry et descendaient sur l’ancien quai des Morfondus, jadis lequartier-général des perruquiers et marchands de cheveux de la Cité, et