IU] K MOI F K K T A U I).
ô'ir.
perdu de l’Université était occupé par une populace ignorante, misérableet presque constamment en lutte avec les besoins les plus criants. Or, ilétait Facile de la soulever, soit en abusant de sa crédulité, soit par l’ap-pât de quelque convoitise, en lui laissant entrevoir une trêve à ses souf-frances.
Mais outre les scènes accidentelles de désordre, dont jamais les occa-sions ne se faisaient longtemps attendre, il y avait encore des causespermanentes d’agitation, et qui ramenaient, pour ainsi dire, à périodesfixes, des tumultes sans fin et des scandales sans nom.
De temps immémorial, certains quartiers se léguaient leurs haines hé-réditaires. Ainsi, les habitants du faubourg Saint-Marcel étaient dans unétat d’hostilité permanent avec ceux des faubourgs Saint-Jacques et deNotre-Dame-des-Champs ; ils se battaient, se mutilaient et se dévastaientà qui mieux mieux. La guerre allait même si bon train que le parlementse vit obligé, pour intimider les batailleurs, de faire planter quatre po-tences sur les principales arènes du combat. La rue Mouffetard vit l’uned’elles se dresser fièrement sur son pavé.
Enfin, brochant sur le tout, les pages, les laquais, les écoliers perdus,les moines s, les ouvriers en goguette, et les clercs du palais ve-
naient là nouer et dénouer leurs éphémères liaisons et faire retentirl’air de leurs bachiques refrains.
Mais rassurez-vous, lecteur, la fin du monde n’est pas venue: ceci sepasse à une des plus intéressantes périodes historiques. François I " estsur le trône; les connaissances marchent vers leur perfectionnement ; lalutte s’engage entre la raison et la sottise, entre la vérité et le mensonge;tout va progresser, les arts comme les sciences, le bien-être comme lamorale. Pierre Lescot se prépare à construire le Louvre; Jean Goujon s'avance vers les Tuileries ; Amyot traduit Plutarque ; Montaigne prépareses Essais ; Clément Marot va nous charmer par ses grâces naïves; enfin,la liberté religieuse cherche à faire prévaloir ses droits.
Cependant le passé ne se laisse pas facilement détrôner; il faudra encorenombre d’années avant que la raison n’obtienne droit de bourgeoisie; ilfaudra livrer bien des combats avant que le libre examen ne se posecomme un fait. Pendant longtemps, Saint-Médard pèsera durement surle temple des réformés, â la fois son voisin et son rival.
En effet, un beau jour de décembre de l'an 1561, les habitants du quar-tier Mouffetard entendirent tout-à-coup retentir le bruyant carillon detoutes les cloches de Saint-Médard ; or, ce branle inusité n’avait pourcause ni une révolte dans la ville, ni une pendaison à la justice, ni uneentrée de monseigneur le roi : il n’avait d’autre but que de contrarierdans leur temple les réformés qui assistaient au prêche. En un instant,la rue Mouffetard , encombrée de peuple, offrit aux curieux l’aspect d’un