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Tome premier.
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PLACE LO LIS XV.

sailles? Tout ce monde passe et repasse, se mêle, se heurte, loule et re-foule le sol de la place, en se ruant sur la route qui mène au sanctuaire.VI. de Dangeau qui va, si toutefois la chose est possible, manquer le petitlever, et qui crie au cocher d’une voix altérée de fouetter les chevaux, secroise avec le marquis de Sévigné, qui vient voir Ninon. Distinguez-vousau travers de cette foule empressée, chamarrée, empanachée, ces deuxmodestes compagnons, qui se glissent sans bruit le long de la Seine et sedirigent, devisant joyeusement sur le chemin d’Auteuil? C’est Molière avec Chapelle qui s’en vont bras dessus bras dessous dîner chez Boileau :ils cherchent de l’œil Jean de la Fontaine , qu’ils ont laissé en arrière,ruminant un verset de Barucli.

Cependant les Champs-Elysées étaient devenus une grande et bellepromenade; la ville débordait à droite et à gauche de la Seine , poussanten avant ses quais, ses rues, ses maisons de plaisance; le Ilot arrivaitdéjà jusqu’à la place Louis XV’, au moment où le grand siècle, quiavait passé là tout entier, partit, la laissant tout imprégnée de je ne saisquel parfum historique. A cette vie quelque peu factice, qu’on ne pou-vait guères reconstruire que de sentiment, va succéder une vie réelleavec des dates positives, des noms propres qui ne seront plus de fantai-sie La place Louis XV entre dans son siècle à elle ; on va bientôt pouvoirla nommer par son nom, sans faire intervenir la précaution oratoire.

Dès l’année 1722, le bourg du Boule, devenu faubourg de Paris , donneà la place, au-delà de laquelle il s’étend, ses droits de cité définitifs. Lamême année, juste vis-à-vis d’elle, sur l’autre rive du fleuve, le vieuxquai de la Grenouillère, que Dorsay, le prévôt des marchands, n’a pas en-core baptisé, reçoit les premières pierres du Palais Bourbon . Il importepeu à la place à cette heure; mais patience ! La ville s’aperçoit enfin qu’ily a là de l’air et de l’espace, et que de ce grand terrain banal on peutfaire ce que l’on appelle une place. Nous n'avons guères vécu jusqu’àcette heure que de la royauté et de son entourage; c’est elle encore quientre en scène ici. En 1718, monsieur le prévôt des marchands, d’accordavec messeigueurs les échevins, vote une statue équestre à Louis, et sonchoix tombe sur notrcplace, dont le royal parrain se trouve avoir un nomde plus qui n’est qu’une épithète dérisoire du jour où l’égoïsme cyniquedu gouvernant ouvre les yeux aux gouvernés.

G’étaitalors le moment de cette fièvre de piété filiale qui se déclara chez lepeuple, peut-être sans qu’il sut trop pourquoi, en faveur de Louis le bien-aimé, lors delà fameuse maladie de Metz . La statue était populaire, si elle fûtvenue à point; maisBouchardon mit quinze ans, le maladroit! à improvisercetexvoto de circonstance, encore mourut-il avant d’avoir fait le piédestal.Pigalle, qui lui succéda, y travailla deux ans. Ce ne futquele 20juin 1787».que le chef-d'œuvre fut débarrassé dé sa couverture de planches et de toiles.