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A cette époque la confrérie était en telle odeur de sainteté, que saintKouis voulant lui donner une marque de sa royale munificence, exemptales compagnons du droit de péage, à l'entrée de Paris , sous le Petit-Uhàtelet, à condition qu’ils feraient sauter leurs singes et chanteraientune chanson devant le péager. Telle est l'origine de ce proverbe si connu :■< Payer en monnaie de singe. »
Mais, hélas ! il en fut des ménestriers comme des grands de la terre; ilsne purent demeurer longtemps au faîte où ils s’étaient élevés, et le jourde leur grandeur fut celui de leur décadence.
Depuis quelque temps la rue des Ménétriers se dérangeait. On avaiten beau la baptiser et la rebaptiservingt fois, elle restait toujours un peupaïenne, en dépit des ordonnances de Philippe-Auguste et des sages éditsdu saint roi. Jamais on n’avait oui tant de chansons obscènes; il y avaitdu libertinage dans l’air; du matin jusqu’au soir, du soir jusqu’au matinc’était, un continuel fracas de pots félés, de refrains grivois, de baisersretentissants et d’instruments discords; on voyait incessamment courirdans la pénombre de cette rue obscure des formes ivres et débraillées;déjà des regards indiscrets et des lèvres plus indiscrètes encore avaientéventé bien des secrets. Certaine porte du couvent de Saint-Magloire,condamnée du temps de Philippe-Auguste , s’ouvrait par fois à la nuilclose, et les médisants assuraient que Marguerite-la-Jongleresse, sur-nommée la Femme-au-Muine, n’avait pas entièrement volé ce surnom.Les moeurs des Ménétriers avaient déteint sur le couvent, où la chansonétait plus en honneur que le cantique. Puis on disait ceci et cela, et biend’autres choses encore; il est vrai que les beautés peu farouches de larue Trousse-iNonain dénouaient trop facilement, peut-être, leurs cein-tures dorées; il se peut aussi que plus d'une fois les joyeux compagnonsde la confrérie des Ménétriers leur aient applique la paternelle ordon-nance de saint Louis, et que, par une licence poétique un peu hasardée,ils aient traité ces prêtresses de l’amour satisfait connue la barrière duPetit-Chàtelet, dont ilspayaient le passage en monnaie de singe.
Déjà bannis une première fois pour cause de libertinage, les ménétriersn’en continuèrent pas moins leur vie licencieuse et déréglée ; leurs dé-sordres nouveaux furent portés à un tel excès, que le prévôt de Paris sevit obligé de rendre une ordonnance qui leur lit « défense de rien dire,représenter ou chanter dans les lieux publics et autres qui put causerquelque scandale, à peine d’amende, de prison, et d'être réduit au painet à l’eau. » Attérés par celte loi sévère, ils se séparèrent et prirent diffé-rents partis Mes uns se livrèrent à l’exercice des tours de force et d’a-dresse, et furent appelés bateleurs; telle est l’origine des danseurs decorde. A l’entrée d’Isabeau de Bavière , un ange, précurseur d’Auriol etde Mnzurier, descendit sans balancier sur une corde tendue à la porte