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En peu <le temps, le nouveau docteur devint un médecin inspiré, un sa-vant illuminé, un magnétiseur infatigable : on lui attribua des curesmerveilleuses, et ies médecins, ses confrères, fatigués d'entendre vanterses recettes infaillibles, en guise de panacées, le combattirent et le repous-sèrent comme un imposteur, en l'accusant de déshonorer la médecine,peut-être parce qu'il guérissait ses malades, bientôt, Mesmer ne fut plusà Vienne un docteur universitaire, mais un empirique ou un insensé, unfou ou un charlatan.
La persécution ne lit qu’augmenter encore les croyances, et si je puisle dire, l'illumination du jeune rêveur; une petite scène de magnétisme,en présence de toute la population viennoise, jouée de bonne foi parMesmer , ou préparée par lui bien à l’avance, donna tout-à-coup à sonnom et à son crédiL l'éclat équivoque d'une singulière auréole. Mesmer se promenait un soir sous les magnifiques ombrages du P râler, oubliantpour quelques heures les hallucinations de ses longues veilles ; son im-patience était visible : il frappait du pied avec une sorte de colère ; il s’arrê-tait soudain ; il interrogeait de l'œil des groupes de promeneurs, et conti-nuait à marcher çà et là, dans une agitation bien apparente; il ressemblaitainsi à un amant qui soutire dans l'horrible purgatoire de l’attente, àl'affût d'une belle maîtresse, et regrettant, avec l’heure du rendez-vousqui s'envole, du temps et des plaisirs perdus.
Eli bien! Mesmer était précisémentamoureux, amoureux d'une grandedame : jamais il ne lui avait parlé ; mais il la voyait de loin J
et en ce moment encore, il la cherchait dans les allées du P râler et surles bords du Danube .
Mesmer s’en retournait déjà du côté de la ville, bien chagrin, bienmalheureux, lorsqu’il aperçut, au détour d’un massif de verdure, unejeune fille assez jolie, mais pauvre, faible, chétive, malade ; il la regardafixement, et la jeune fille, immobile aussitôt, baissa les yeux, linepensée subite, bizarre, illumina l’esprit du docteur: le dieu de la scienceocculte venaitde lui parler, et Mesmer s'élança sur letrepied de l'oracle!.,en d’autres termes, il s’ ' de la jeune fille et lui prit doucementla main :
— Vous pouvez, lui dit-il, me rendre un grand service, qui ne coûterarien à votre délicatesse, à votre honneur. Vous me semblez pauvre, et jesuis riche, par comparaison ; vous me semblez malade, et je suis médecin :faites ce «pie je désire, et je vous aiderai de ma fortune, de mes conseils,de mon talent...
— Que dois-je faire? répondit le jeune fille, en tremblant.
— Asseyez-vous là, sur ce banc de pierre, et regardez-moi bien !
La jeune tille, s’étant assise, se mil à contempler Mesmer qui, deboutdevant elle, absorbait chacun de ses regards dans une pensée toujours