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nie Chantereine : ce jour-là, je l'imagine pour son honneur, la rue Chan-lereine oublia ses plaisirs habituels, ses l'êtes galantes, ses l.anipiiers,ses merveilleuses, son théâtre et ses incroyables, pour ne s'enorgueillirque de la gloire du compiéranl de l'Italie .
Dés ce moment, les députations et les célébrités de toutes les sortes sepressèrent en foule dans la rue Chantereine : un malin, le Directoire,entouré d'un brillant cortège, vint frapper à la modeste porte du généralBonaparte , pour le prier d’assister à une le te s ’ ”’e, (|ue la répu-
blique allait offrir au libérateur de l'Italie , au pacificateur du continent :cette fête patriotique eut lieu le 10 décembre, dans la grande cour dupalais du Luxembourg ; Napoléon essuya, dans cette journée solennelle,les embrassements de Narras et les compliments de M. de Talleyrand .
Les ministres, les présidents des deux conseils législatifs, le corpsdiplomatique, les autorités'civiles et militaires dédièrent tour-à-tourdans la rue Chantereine, pour déposer aux pieds de Bonaparte desadresses officielles, des éloges, des vers et de la prose, des invitations àdîner, à souper et à danser; le ‘28 décembre, la rue Chantereine vit passerun cortège de savants illustres qui allaient annoncer au général Hona-parte sa nomination de membre de l'Institut, en remplacement.de Carnot.Devant un pareil spectacle, la rue Chantereine se piqua d’honneur; ellevoulut faire quelque chose pour un héros, pour un grand homme quidevait la rendre immortelle : Elle réclama publiquement de l’autoritémunicipale la grâce d'un nouveau baptême, et la rue Chantereine obtintl’insigne faveur de porter le nom glorieux de rue de. la Victoire.
Jusqu'au jour de son départ, pour l’Egypte , Napoléon demeura, ouplutôt, se cacha, modestement dans son petit hôtel : c’était, pour lejeune général, une retraite calme, tranquille, studieuse, où il ne rece-vait d’ordinaire que des visiteurs d'élite, qu'il appelait ses amis: Monge,Hertholet, Laplace, Lagrange, Berthier, Lefebvre, Cafarelly, Bour-rienno, Bernardin de Saint-Pierre , Chénier, Daunou, Arnault, Talmaet David ; avec un pareil entourage. Napoléon pouvait deviser à sonaise, bien loin du monde, les pieds sur les chenets, la tète doucementappuyée sur l’épaule de Joséphine, de science, de guerre, d'administra-tion. de. politique, de beaux-arts, de'littérature, de théâtre et de poésie.Le général Bonaparte , membre de l’Institut, reçut la visite d’un ingé-nieur de vingt ans, qui venait lui soumettre un mémoire sur les moyensde construire des voûtes sous le lit des fleuves : ce jeune homme senommait Brunei ; il devait réaliser, quarante ans plus tard, les mer-veilleuses théories de son mémoire, dans le fameux Tunnel de la Tamise .
Le 4 mai 17A8, la rue Chantereine ou la rue de la Victoire perdit uneseconde fois Bonaparte . Le général en chef de l’expédition d’Egypte quitta Paris pour se rendre à Toulon , où l'attendaient trente-six mille