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passé plusieurs générations d’hommes imlustrieux, et parfois douésd’une haute intelligence, qui composent le commerce de notre capitale.
Malgré l’immense accroissement de Paris et le déplacement qui enest résulté, la rue Saint-Martin est encore l’une des plus marchandesde la ville. Dès le point du jour, cette rue est sillonnée par de grossesvoilures qui viennent y déposer des denrées de toute espèce; des ou-vriers, des commis, se rendant à leur ouvrage, la parcourent en toussens. Rientôt s’y montrent, comme dans les siècles antérieurs, ces petitsmarchands avec leur cri particulier, incompréhensible pour celui qui u’ena pas l’habitude. Ces cris sont à peine étouffés par le tapage assour-dissant des voitures de toute espèce qui s’augmentent sans cesse, etjusqu'au milieu du jour interceptent entièrement la circulation. Malheurà l’étranger que le hasard ou ses affaires conduisent au milieu de cetterue. Poussé, heurté dans tous les coins, c’est à grand peine qu’il parvientà s’échapper et à sortir sain et sauf de cette cohue qui demande pour s’yconduire, ou beaucoup de sang-froid, ou cette grande habitude innéechez les enfants de la ville. Vers le milieu du jour, la rue Saint-Martincommence à devenir un peu moins bruyante. Ces cris sauvages des mar-chands ambulants cessent; les grosses voitures débarrassées de leurs far-deaux s'éloignent; l’on commence à pouvoir marcher sur le milieu de lachaussée, que de nombreuses voitures sillonnent encore. Ainsi le rapidecabriolet du courtier du commerce doit être évité soigneusement par qui-conque sait marcher dans Paris ; puis viennent les omnibus , les cita-dines, les diligences et autres voitures publiques si multipliées aujour-d’hui dans Paris . Une population variée, nombreuse, ne cesse pas nonplus de circuler dans cette rue. L’on ne s£y promène pas : l’on y marche,et très-vite. C’est en regardant tous ces individus courir, pressés qu’ilssont d’arriver au but qu’ils se proposent, qu’on se souvient de ce passagedes Lettres Persanes de Montesquieu : « Depuis un mois que je suis ici, je» n’y ai encore vu marcher personne; il n’y a point de gens au monde» qui tirent mieux partie de leur machine que les Français : ils courent,» ils volent. » Vers le soir, un bruit nouveau de voiture ébranle la rueSaint- Martin ; il est causé par l'ouverture des théâtres du boulevart aux-quels se font conduire les habitants des faubourgs Saint-Germain ouSaint-Jacques , et des quartiers Saint-Honoré ou du Louvre. Mais ce bruitmomentané cesse vite, et de sept heures à onze heures, la rue Saint-Martin semble se reposer des agitations de la journée. Un bruit momen-tané de voitures s’y fait encore entendre, un peu avant minuit, à la sortiedes spectacles; mais bientôt ce bruit s’éloigne, et pendant quelquesheures un silence inaccoutumé règne dans la grande voie solitaire.
Le Roux de Lincy.