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HUE DES PO U T R A 1 TS.
Audacieux et indépendant par caractère, il ménage l'autorité pourfavoriser sa passion dominante, et reste fidèle a ce qu'il croit, dans l’in-térêt d'une ambition qu’il colore à ses yeux du dévouement qu’il porte àson pays.
Élevé à l’école de l’arbitraire, il vise au pouvoir absolu. Homme dumonde, agréable et séduisant, il n’est pas insensible aux succès quelui valent ses manières aussi gracieuses que distinguées.
Il suit silencieusement ses idées, mais avec une grande persévérance.
S’il parle, c’est,avec goût et talent, soit à la tribune, soit dans un salon.
Absorbé par les affaires, on n’est pas plus aimable dans l’intimité.
Son âme est accessible à un sentiment généreux, et capable des plusnobles actions.
Une imagination ardente lui fournit toujours de nouveaux calculs;homme de tète, capable de trouver des ressources où un autre ne verraitque la certitude du danger, et ayant en lui une confiance que souventil justifie, mais qui, parfois aussi, l’abandonne au moment de l’action.
Décidé par caractère, il sait sacrifier sa volonté, et calcule plus sou-vent le but qu’il veut atteindre que les moyens d’y parvenir.
Ne voyant pas toujours les choses d’assez haut, il ne les prend pasassez dans leur ensemble.
Orateur et homme d’esprit, M. Molé 11e borne pas ses prétentions àêtre homme d’État, il veut être homme du monde, et il y réussit au gréde ses désirs.
Celui qui siégeait au Conseil-d’État des cent-jours ; celui que l’on ac-cuseàtortou à raison d’avoir participé à l’acte qui proscrivaitLouisXVlIIet sa famille, siège aujourd'hui au banc des ministres.
Si ce n’est pas un grand bien, ce peut être un grand mal.
La journée est bonne pour l’observateur et pour le peintre ; encore unexcellent modèle : j’aperçois M. Dupin aîné.
M. Dupin n’a pas un mauvais cœur, tant s’en faut; mais rien 11’est fixedans sa tête, et il règne la même mobilité dans ses opinions que dans sessentiments.
Irascible au dernier degré, il vous tourne le dos, si vous avez le malheurde le blesser, et il vous revient avec la même facilité. Partisan de la li-berté, il est courtisan avant tout; et la puissance exerce sur lui uneinfluence absolue; il ne sait pas plus résister à un mot obligeant qu’àune poignée de main.
Ne lui en veuillez pas de ce qu’il est : il n’y a chez lui ni projet ni vo-lonté, et souvent il ne sait pas lui-même ce qu’il a été ou ce qu’il sera.
Vif, emporté, taquin, susceptible, violent, il s’apaise facilement; ilfait le mal et le bien sous l’impression de l’heure et du moment.
Le pouvoir lui plaît.