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Tome second.
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HUE ET QUARTIER

des couleurs du maître, et tant pis alors pour le vilain , que les roueséclaboussent. Les quartiers neufs ressemblent aux aristocraties d'hier;que leur importent les aïeux, à l'exemple du maréchal Lefebvre, ils sonteux-mêmes des ancêtres. Régions heureuses et fortunées entre toutes,le passé pour elles est un vain mot; elles ignorent ce que dure un siècle,et déjà pourtant elles comptent plus de souvenirs que d’années.

Louis XIV et Madame de Maintenon avaient disparu du premier trônedu monde: le crépuscule de ce grand règne éblouissait encore l’Europe ,et Paris , vanté comme étant la ville par excellence, s’arrêtait à la lignedesboulevarts ; au-delà, depuis le faubourg Montmartre jusqu'à la placeBcauvau , ce n'était que marais et fanges, sentiers étroits et passe-relles, où l’on se hasardait en tremblant à travers de sinistres cabanes,qui étaient à la fois des vide-bouteilles et des coupe-gorges. Survint larégence, à qui l’on reproche d’avoir tout corrompu, et qui commença parpurifier ce pays : les cabarets succédèrent aux bouges, on s’y étranglaencore mais plus poliment, comme jadis au Pré-aux-Clefcs, entre deuxtémoins, loin de la surveillance de M. le lieutenant de police pour desalfaires d’honneur ou d’alcove; puis des horticulteurs, des philantropespeut-être plantèrent çà et là quelques arbres, et Louis XV , lors de souavènement, put entendre le bruit argentin des coups mêlés aux douxpropos des comédiennes et aux baisers des danseuses, dans deux outrois hôtels qui peuplaient les abords de la Chaussée-d’Antin. Lesamours et les gentilshommes firent le reste, et peu de temps après, cettevoie ouverte, ou tout au moins inaugurée par les joyeux compagnons dePhilippe d’Orléans , fuyait large et déjà célèbre vers la rue Saint-Lazare,et ne s’arrêtait qu’à une limite digne d’elle, sous les feuillages desPorcherons.

Tout passe, mais la tradition survit, On se souvient de Ramponneauet de son enseigne. Yadé, Piron, Collé, Désaugiers , et jusqu’au vieuxPanard, se sont inspirés à cette source féconde; maintes fois son élogea retenti aux voûtes sonores du caveau :

Vive le \in de Kamponneau,

C’est du nectar en perce.

Les couplets et l’air sont devenus populaires, et si Béranger, le chantrede toutes les gloires nationales, a oublié, je ne sais pourquoi, cettetaverne aux gais loisirs, des grandes dames l’ont connu, des grandesdames l’ont aimé; il y a cinq ou six ans on voyait encore chez le trai-teur qui fait face à la Chaussée-d’Antin, les trois acacias blancs etroses qui plus d’une fois abritèrent la gouvernante de notre roi, lors-qu’il plaisait à Madame de Genlis , affublée des cornettes de sa servante.