SAINT - LA Z A HE.
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d’un somptueux carrosse; car elle s’ouvrait sur l’allée discrète et om-breuse qui, de détours en détours, conduisait au pavillon Richelieu,qu’on a aussi appelé pavillon de Fronsac .
C’était là que le vainqueur de Mahon s’était choisi une retraite, qu’ilremplissait des plus jolies femmes et des ileurs les plus odorantes. L’archi-tecte ne s’était pas livré à une grande dépense de style ; n’étaient le balustreà jour qui la couronne et sa configuration pentagonale, la petite maisondu galant maréchal ne se distinguerait guère d’une maison commune ;mais le duc ne voulait pas autre chose qu’un lieu de rendez-vous assezéloigné de la ville, pour que les citadins n’entendissent pas le tumulte deses orgies. Plus élégant et relevé de symboles allégoriques, le pavillon queRichelieu avait fait construire au coin de la rue d’IIanovre, avec les taxesimposées aux Hanovriens vaincus, avait acquis une célébrité gênante pourses plaisirs; quand le duc soupait, des valets veillaient aux portes, afinque nul ne vînt troubler le désordre. Et qui donc, en effet, eût été assezmal appris pour interrompre les amours bruyantes de M. le prince deConti, de M. le comte de Maillebois et du héros de Fontenoy, le fameuxmaréchal de Saxe, s’ébattant sur des genoux féminins avec leur ami,M. de Richelieu ?
Richelieu mort, son ombre erra plaintive autour du pavillon, soupirantdes madrigaux dans le feuillage des ormes, jusqu’à l'heure où le piedfurtif d’une Egérie foula les gazons désolés de sa pelouse.
Le Directoire florissait avec ses gilets insensés et ses bottes à revers,
La Tallien , secouant sa tunique,
Faisait de ses pieds nus craquer les anneaux d’or,
lorsque tout d’un coup, au milieu de ces fêtes échevelées, parut unefemme.
L’ardentsoleildu tropique avait bruni son teint; sa taille était petite, maisbien prise; sous un double arc d’ébène l’éclat jaillissait de son regard, etl’amour ruisselait de ses lèvres. C’était à qui admirerait, à qui vanteraitla belle créole ; en son honneur, deux jeunes membres du Directoire dé-crétèrent la Martinique fille aînée de la France , et bientôt on ne parlaplus dans le monde que de madame Ilamelin. Tous les carrosses pri-rent le chemin de la rue Blanche ; le pavillon de Richelieu fut assiégé,nuit et jour les amours y firent sentinelle.
Madame Ilamelin s’envola au Raincy .
Qui racontera les merveilles de ce lieu enchanté ? Ouvrard en était leroyal possesseur; il l’avait acheté au marquis de Livry, qui lui-même letenait du duc d’Orléans. Mais le domaine du père devait tôt ou tard revenirau fils. Louis-Philippe est aujourd’hui propriétaire du Raincy . Ouvrard yfut roi, les fêtes qu’il donna rappelèrent en beaucoup de circonstances celles