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Tome second.
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gagna, à travers le bois de Vineennes, la route de l'abbaye de Chelles,où il alla demander un peu de terre sainte pour une sainte jeune tille.

Les régnes de Louis XIV el de Louis XV marquèrent peu dans l'his-toire de la rue l'icpus. Les rayons du soleil de Versailles ne reflétèrentpas jusque sur cette solitude, et son éloignement, la préserva de la souil-lure des petites maisons de la régence, dont les hôtes se souciaient peu dumystère.

A la révolution de 89, la scène fut trop voisine de la rue l'icpus pourquelle n’entendît pas le canon de la Bastille; le bruit de la barbefonctionnant à la barrière du Trône ébranla ses cloîtres et mit en fuiteses religieux, car aucun d’eux n’avait accepté la prime demandée par lecitoyen Mailhe au profit des moines et des religieuses qui marieraientleur apostasie ; ce qui était alors, en style parlementaire, le moyen de mo-raliser les masses et de perfectionner les mœurs.

La rue l'icpus, par sa position topographique, fut alors une des cou-lisses du grand théâtre révolutionnaire, le faubourg Saint-Antoine. Lesang, l’incendie et la destruction atteignirent ses paisibles demeures ettroublèrent le calme de ses ruelles ombragées, sentiers solitaires quiconduisaient par la traverse au bois de Vineennes et que Jean-JacquesHousseau aimait à suivre, quand il allait faire visite à Diderot captif.

A cette époque, Rousseau n’allait presque jamais visiter son ami mal-heureux que bras dessus, bras dessous, avec un compagnon littérairequi se nommait Grimm; ce fut de Grimmet de Diderot que Jean-Jacquesreçut, à \incennes, le conseil d’écrire un Mémoire sur une question demorale proposée par l'académie de Dijon : le discours du philosophegagna le prix académique, Quelle causerie spirituelle, savante, délicieusece devait être que l’échange des idées et des sentiments de ces troishommes : Diderot , Grimm et Jean-Jacques ! L’un, qui avait toujours àson service la verve, la hardiesse de l’auteur de Jacques le Fataliste etdu Neveu de Rameau; l’autre qui laissait tomber les flots de son élo-quence et de son génie sur les paradoxes les plus hasardés de la philo-sophie ; le troisième enfin , qui mêlait aux graves et ardentes paroles deses deux amis, les finesses de l’observation, les délicatesses du goût,toutes les charmantes bonnes fortunes du babillage et de l’esprit.

Puisqu’il s’agit de Grimm, n’oublions pas la petite comédie qu’il jouaà propos d’une comédienne, et qui a été ainsi racontée par Rousseau :

« Grimm s’avisa de vouloir mourir pour mademoiselle Fel ; il fut en» proie à la plus étrange maladie dont jamais peut-être on ait ouï parler;

» il passait les jours et les nuits dans une continuelle léthargie, les yeux» bien ouverts, le pouls bien battant, mais sans parler, sans manger,«sans bouger, paraissant quelquefois entendre, mais ne répondant» jamais, pas même par signes, et restant là comme s’il eût été mort. »