ESPLANADE DES INVALIDES.
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rangée de rois, de généraux, deux estrades sont bâties où trente-six millepersonnes, debout, échelonnées, resteront là, en plein air, en plein vent,en plein froid, heureuses, dans leur souffrance, de leur place privilégiée;et derrière ces estrades, une foule compacte, plus de deux cent millecitoyens se rappelant combien la France fut grande alors que l'hommegéant combattait pour elle.
L’entrée de l liôtel est imposante de draperies ; la cour intérieure, oùsix mille places ont été marquées, offre une décoration bien harmoniéeavec la circonstance ; des tentures noires, brodées d’argent, des grisailles,des trophées, des boucliers, des chiffres de Napoléon ; tout cela éveilledes idées de gloire, tout cela se marie par ses couleurs sombres à la cou-leur grise du monument.
L’église, divisée en deux parties, la première, que l’on doit à Bruantle jeune, n’offre plus au regard ses deux ordres de colonnes ioniques etcomposites l’un sur l’autre placés. Les belles figures de Van-Clève et deCoustou l’aîné sont masquées aussi ; l’autel lui-même, ses six colonnestorses, dorées, garnies d’épis, de pampre, de feuillage, portant faisceauxde palmes qui, en se réunissant soutiennent le baldaquin, cet autel adisparu pour la cérémonie. Complètement transformée, cette partie del’église resplendit d’or et d’argent sur un fond violet et noir; les travéeslatérales sont disposées en tribunes inférieures et supérieures; à chaquepilastre s’élève un faisceau de drapeaux tricolores; et les noms des plusillustres généraux et des plus glorieuses victoires du consulat et del’empire étoilent les deux côtés de la nef.
La partie appelée le dôme, ce chef-d'œuvre d’architecture élevé parJules Ilardouin Mansard, a changé totalement aussi de caractère. Làsont réunies les notabilités les plus éminentes du pays, autour du cata-falque, dont la partie inférieure attend le cercueil du héros. Aux anglesde ce monument s’élèvent quatre ligures de victoires, dominées par l’aigleimpérial aux ailes déployées. Où sont les peintures de Lalbsse? La gloiredu paradis, la félicité des bienheureux ? qui les cherche de l’œil? qui s’eninforme? Voyez, voyez ces velours, cet or, ces lauriers se jouant sur unedraperie parsemée d’abeilles,.. Regardez, avant tout, ces drapeaux devingt nations, que nos soldats enlevèrent à l’ennemi, et qu’on avait voululeur reprendre avec le lion de Saint-Marc! Les sublimes recéleurs deces trophées sont descendus naguère au fond des souterrains; ils ontdéroulé ces glorieux lambeaux tachés de leur sang peut-être; ils les ontsuspendus de nouveau à la voûte du temple, où on croit les voir s’in-cliner devant la grande ombre qui s’avance.
Vingt-un coups de canon annoncent son arrivée sur l’Esplanade.Quel moment solennel ! Napoléon mort, défilant devant l’image de sesgénéraux, morts comme lui, pour aller, à quelques pas de là, se coucher