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Tome second.
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H liIi SANS NOM.

Mais nous voilà bien loin de la petite maison de la nie des Marais duTemple. Cependant, avant d'y revenir, je vous demande la permission devous conduire non loin de là, dans le même faubourg, et dans une petiterue encore plus étroite, encore plus malpropre, etque l'on nomme la rueSaint-Nicolas.

C’est là que demeurait le grand-père de l'exécuteur actuel; celui qui,il y a cinquante ans, fit tomber tant de têtes illustres et courageuses.

Nous nous arrêterons là quelques instants, en face d’une petite maisonnoire et enfumée, qui serait à peine digne de servir d'écurie à la confor-table demeure du petit-fils de celui qui l’a bien longtemps habitée. Je 11evous parlerai pas de celui-là : je n’étais heureusement pas né lors de sonterrible règne ; mais je vous raconterai une anecdote que je tiens de sonfils, mort il y a trois ans, et qui se rattache à un des épisodes historiquesles plus célèbres du xvin* siècle.

Vers l’année 1750 , au milieu de la nuit, trois jeunes gens appartenantà cette liante noblesse qui avait le monopole des vitres cassées, des pas-sants insultés, du guet battu ; trois jeunes gens, de ceux qui faisaient re-vivre, après un long intervalle, les mœurs si gaies, si en dehors, si inso-lemment aristocratiques de la régence; trois jeunes gens descendaient lefaubourg Saint-Martin, après un délicieux souper dans une petite maison,car on soupait alors : une civilisation rétroactive n’avait pas encore dé-truit ce joyeux usage du vieux temps, où l’on mettait le couvert à l’heureoù l’on se couche aujourd’hui, pour ne l’ôter qu’à l’heure où l’on se lève.

Après souper donc, entre deux et trois heures de la nuit, ces messieursdescendaient le faubourg Saint-Martin, riant, délirant, et surtout cau-sant de celte causerie si amusante quand on ne sait pas ce que l’on vadire et quand on 11e sait plus ce qu’on a dit. Ils voulaient 11e pas rentrerchez eux avant le jour , et aucun cabaret n’était ouvert.

Arrivés devant la rue Saint-Nicolas, ils entendent un bruit d’instru-ments, une musique joyeuse, spéciale, qui dit que l’on danse d’une dansefolle, instinctive, affreusement bourgeoise.

Quelle trouvaille ! ils vont pouvoir finir la nuit.

L’un d’eux frappe; un homme vient ouvrir, poli, simple, bien vêtu.

Celui qui avait frappé s’empresse d’expliquer le motif d'une visite àcette heure indue : « Nous sommes montés à la joie, dit-il; la nuit a com-mencé pour nous délicieuse et folle; nous cheminions sans savoir où,quand le bruit de votre joyeuse fête nous a brusquement arrêtés. Nousserons bien venus partout où l’on rira; souffrez que nous nous joignionsà vos convives.

— » Ce que vous demandez est impossible, répond avec une froide po-litesse le maître du lieu; ceci est une fête de famille; aucun étranger n’ypeut être admis.